jeudi, 03 avril 2008

L'autre scénario


L'autre scénario pour la France et l'Europe, le dernier livre de Bruno Mégret




SOMMAIRE DU LIVRE

Introduction. - Fin de cycle, début de siècle

Ire partie. - Le crépuscule des politiques
Ch. 1. L'impuissance des puissants
Ch. 2. La splendeur des hommes en noir
Ch. 3. Le soir des magiciens

IIe partie. - Le bal des idées fausses
Ch. 4. Le lit de Procuste
Ch. 5. Le sable dans le mixer
Ch. 6. Le paradis maléfique
Ch. 7. Le soleil gris de Bruxelles

IIIe partie. - L'heure des stratèges
Ch. 8. Le zéro ou le renouveau

IVe partie. - Quand les Français se réveilleront
Ch. 9. Un tigre dans le moteur
Ch. 10. À la recherche de l'harmonie perdue
Ch. 11. Du pouvoir pour le pouvoir

Ve partie. - Et la France créera l'Europe
Ch. 12. Le temps des civilisations
Ch. 13. Trois coups pour l'Europe
Ch. 14. La France en tête

Conclusion. - Début de siècle, nouvelle voie

POURQUOI CE LIVRE ?

Depuis 1999 et surtout depuis 2002, durant la traversée du désert que je viens d'effectuer, ma pensée a mûri, j'ai observé les grandes forces qui façonnent le monde de ce début de siècle, j'ai analysé les courants qui traversent notre société. Au-delà de la censure du politiquement correct, je me suis efforcé de décrypter le message de nombreux intellectuels. Derrière le prisme déformant des sondages et des médias, j'ai cherché à comprendre les aspirations véritables de notre peuple. C'est alors qu'une certitude s'est peu à peu imposée à moi : nous vivons la fin d'un cycle politique et idéologique et, si nous sommes à l'aube d'un nouveau siècle, ce peut être aussi le début d'une ère nouvelle pour notre nation et notre civilisation. Dès lors, rien n'est joué, notre pays n'est pas condamné au déclin, il peut même connaître une authentique renaissance.

Certes, dans les apparences rien ne change ou, plutôt, tout continue à empirer. Mais, en profondeur, de puissants courants sont à l'oeuvre qui peuvent bouleverser complètement le destin de notre nation. Cette évolution n'est évidemment pas visible dans le comportement officiel des pouvoirs politique et médiatique, mais elle prend une ampleur croissante auprès d'une majorité de nos compatriotes et chez les plus éclairés des intellectuels. Malgré la pression du conformisme officiel, la chape de plomb du politiquement correct se fissure progressivement. Sur des sujets naguère tabous, les lignes de défense de la pensée unique commencent à céder.

Une période critique
Notre pays entre donc dans une période critique. Il s'approche du gouffre où il pourrait sombrer, mais, à mesure que le danger grandit, les réactions salvatrices se multiplient. Aujourd'hui, les signes précurseurs de son redressement se perçoivent déjà. Les poncifs de la pensée unique sont rejetés par le peuple et désavoués par les faits. Les tenants du système sont de plus en plus contestés. Des idées neuves émergent. De nouvelles perspectives s'ouvrent. Des cartes vont être redistribuées.

Aussi suis-je convaincu que notre nation peut connaître, dans un avenir relativement proche, un véritable sursaut. Malgré la complexité du monde contemporain, malgré les contraintes qui semblent le paralyser, notre pays peut se ressaisir, cesser de subir et s'ouvrir un chemin.

L'objet de ce livre est d'explorer cette voie nouvelle et de lui donner une expression politique. Nos compatriotes cherchent en effet une issue à leurs difficultés et ne voient pour l'instant aucun projet ni aucune force vers lesquels se tourner. Les maîtres de la pensée unique s'efforcent de leur faire croire qu'il n'y a pas d'autres possibilités que celles qu'ils incarnent. Dans cet ouvrage, je veux leur montrer qu'il est une autre voie capable de leur rendre l'espoir et d'assurer l'avenir de notre nation.

Il existe pour la France et l'Europe un autre scénario que celui du renoncement et de l'abandon. C'est cette stratégie que je veux présenter. C'est cette voie que je veux ouvrir.

UN SYSTEME EN FIN DE CYCLE

Notre nation possède toujours un avenir et peut connaître à nouveau une période faste. Et, en l'affirmant, je ne crois pas perdre le sens des réalités ni céder à un optimisme de convenance.

La classe politique et la pensée unique sont responsables de nos maux
C'est de la nature même du processus délétère dont notre nation est actuellement la victime que vient mon optimisme. Car, si tous les maux qui l'assaillent résultaient de forces extérieures s'imposant à nous sans que nous puissions nous y opposer, notre nation en effet ne pourrait que succomber. Mais tel n'est pas le cas. Les fléaux qui accablent la France sont pour l'essentiel le produit d'une idéologie patiemment mise en oeuvre par l'oligarchie qui nous gouverne. Les maux dont nous souffrons ne sont que les fruits vénéneux de la pensée unique et les résultats désastreux de la politique menée par le système.

Si la France se porte mal, c'est parce que, depuis des années, on la soumet aux préceptes du mondialisme et du socialisme, parce qu'on veut à tout prix niveler une société qui ne peut l'être, intégrer des populations inintégrables, construire une Europe qui n'a rien d'européen et s'ouvrir sans réserve à une mondialisation qui n'a rien de bénéfique. Notre nation souffre donc de l'action et des idées néfastes de ceux qui la dirigent.

Dès lors, il n'y a pas de fatalité. Si les responsables des troubles que nous subissons perdent leur pouvoir et leur idéologie son influence, tout redevient possible. Car ce qui a été réalisé ou, plutôt, détruit par certains, peut être corrigé et reconstruit par d'autres.

Les idées de la pensée unique se fracassent sur la réalité
Sur le terrain idéologique, quatre idées fondamentales structurent la pensée unique : ''l'exclusion est le mal absolu'', ''l'intégration ça marche'', ''la mondialisation est bénéfique'' et ''l'Europe de Bruxelles est notre avenir.'' Tout tourne autour de ces postulats. Or, il s'agit d'idées fausses.

Ainsi l'immigration ne devait pas être un problème car l'intégration allait fonctionner, mais les banlieues s'embrasent et l'islam montre tous les jours qu'avec lui, la société se communautarise. La mondialisation devait être bénéfique, mais les délocalisations, la précarité et le chômage prouvent qu'elle est porteuse de terribles épreuves. L'Europe bruxelloise devait être notre avenir, mais la volonté de faire entrer la Turquie dans l'Union montre que cette entreprise n'a rien d'européen. Les idées phares de l'intelligentsia s'en trouvent bien obscurcies.

La pensée unique est donc fondée sur des principes erronés qui ne tiennent pas face aux réalités. L'édifice politique et intellectuel qu'a construit le système repose sur du sable et se révèle d'une grande fragilité. Le politiquement correct est donc vulnérable et sa vulnérabilité augmente à mesure que les Français découvrent l'imposture des idées qu'il véhicule.

La classe politique est de plus en plus discréditée
Quant à la classe dirigeante, elle ne peut plus dissimuler sa déliquescence. Les hommes politiques qui sont censés agir au service du peuple et de la nation n'ont plus de réel pouvoir. L'intelligentsia a perdu toute légitimité. Largement animée par la gauche et les soixante-huitards, elle est confrontée à son échec et n'a plus rien à proposer. La situation s'est par ailleurs tellement dégradée que la prééminence va au médiatique et au judiciaire. Or un régime démocratique comme le nôtre repose sur l'équilibre des pouvoirs. Les médias exercent une influence, la justice un contrôle, tandis qu'il revient aux politiques d'agir, de décider et de trancher. Mais, que cet équilibre se trouve rompu, que l'influence et le contrôle l'emportent sur l'action, et c'est la paralysie qui gagne la société. Lorsque le pouvoir de décision est bridé, plus rien ne peut être réalisé car les pouvoirs d'influence et de contrôle, qui prennent le pas, ne peuvent, par nature, rien entreprendre ni rien accomplir. Voilà pourquoi notre pays se trouve inhibé face aux défis qui lui sont lancés et ne fait plus que subir, incapable de prendre des initiatives audacieuses et d'accomplir de grandes oeuvres. Comment pourrait-il en être autrement alors qu'il a perdu son centre naturel de pouvoir au profit d'institutions impuissantes à agir sur le réel ?

Les idées dominantes sont en déclin, la classe dirigeante est en crise : tout peut changer
Le système qui gouverne la France depuis des décennies et qui est à l'origine de tous ses maux se trouve donc maintenant frappé de discrédit et approche de sa fin. Les idées qui ont provoqué le déclin sont elles-mêmes en déclin. La classe dirigeante qui est responsable de la crise est elle-même en crise. Dès lors, tout peut changer.

UNE STRATEGIE POUR LA FRANCE

Il n'est pas souhaitable de substituer au système moribond de la pensée unique un autre schéma fait de dogmes et de vérités toutes faites. Je suis pour ma part convaincu qu'il faut remplacer le politiquement correct non par une autre idéologie mais par une stratégie au service de la France. Le moment est venu pour les stratèges de prendre le pas sur les idéologues.

Une vision pour notre pays
Il faut libérer les Français des idées abstraites et des incantations. Il faut leur proposer un projet concret et ambitieux à réaliser dans la durée de façon pragmatique et volontaire. Il faut pour notre pays une stratégie et une vision.

Chaque fois que, dans son histoire, elle a renoué avec le succès, la France se trouvait, consciemment ou non, porteuse d'une vision. Que ce soit pendant le règne de Louis XIV, sous l'Empire, sous la IIIe République ou dans les années soixante, notre pays incarnait pour le reste du monde une idée, un projet, pour lesquels il mobilisait toute son énergie et qu'il réalisait dans la durée.

La France première en Europe
En ce début du vingt et unième siècle, notre nation doit donc se fixer un objectif stratégique majeur, un but clair, grand, difficile à atteindre mais néanmoins réaliste. Un projet exaltant qui mobilise l'énergie et l'enthousiasme de tous mais qui puisse être réalisé en un temps raisonnable.

Mon sentiment est que la France devrait se donner deux objectifs à atteindre dans les quinze années qui viennent : faire de notre nation la première puissance en Europe et de l'Europe la première puissance dans le monde.

À ceux qui seraient sceptiques, je rappelle que notre nation dispose encore d'atouts non négligeables. Malgré le marasme qui l'accable, n'occupe-t-elle pas encore, avec un PIB de mille cent dix-huit milliards d'euros, la sixième place dans le monde ? N'est-elle pas le cinquième exportateur mondial, le troisième pays nucléaire, le cinquième pour la recherche scientifique ?

Le peuple français, même s'il donne parfois le sentiment d'être complètement anesthésié par le politiquement correct, a conservé au fond de lui-même cette aptitude à la résistance, ce goût de la liberté et cette aspiration à la grandeur qui lui ont permis de traverser les siècles.
La France peut donc s'imposer de nouveau comme la première puissance en Europe. Et la stratégie que je propose pour atteindre cet objectif comporte trois axes majeurs.

Le renouveau économique
Il s'agit d'abord d'assurer le renouveau économique de la France. Et, pour cela, il faut rompre avec le socialisme qui a sclérosé notre société en bridant toutes les initiatives et commencer par rendre le maximum de liberté à ceux qui travaillent, créent et innovent. Il faut favoriser la recherche et l'entreprise, reconstruire l'enseignement et rétablir partout le principe de l'excellence, de l'émulation et de la récompense selon le travail et le talent. Dans la guerre économique qui fait rage, toutes les ressources de notre pays doivent être mobilisées pour assurer la défense et la promotion de notre industrie. L'idée est de faire de la France le pays le plus performant d'Europe.

La cohésion nationale
Le second axe stratégique est celui du retour à la cohésion nationale. Une cohésion aujourd'hui menacée d'éclatement sous les coups de boutoir du communautarisme, de la précarité économique et de la perte des repères. Pour permettre à notre société de retrouver son unité, ses valeurs et son harmonie, il faut rétablir des normes simples et stables, enracinées dans nos traditions mais adaptées à la réalité du monde d'aujourd'hui. L'immigration doit être maîtrisée, l'islamisation proscrite, les fondements de notre identité multiséculaire réaffirmés. La solidarité nationale doit retrouver tout son sens et les familles toute leur place. La sécurité des biens et des personnes doit être rétablie. L'idée est de concevoir un modèle de société durable qui fasse la synthèse entre la modernité et nos traditions, entre les exigences de notre identité et les impératifs de la mondialisation, bref, un modèle qui puisse rendre à notre pays ses racines et ses ailes.

Du pouvoir pour le pouvoir
Encore faut-il que la France se dote des moyens de l'action et poursuive à cette fin un troisième axe stratégique visant le retour du politique. Il faut en effet rendre sa souveraineté au peuple français, restituer à ses représentants et à ses dirigeants la puissance qui leur est nécessaire pour agir et décider. L'équilibre des pouvoirs doit aussi être rétabli et l'exécutif retrouver toutes ses prérogatives. Notre pays a besoin d'être pourvu à nouveau d'un État fort. Non pas omnipotent et tentaculaire, mais apte à protéger les Français, à imposer l'intérêt général et à faire prévaloir le long terme.

L'Europe première dans le monde
Pour autant, notre nation ne peut se limiter à ce seul objectif, aussi ambitieux soit-il. Car, que pèserait la France, même renforcée, au sein d'une Europe mondialisée, dépendante et affaiblie ? Notre pays doit donc assumer ses responsabilités européennes et chercher à faire de l'Europe une grande puissance, la première dans le monde. Une Europe respectueuse des nations qui la composent, s'érigeant en communauté de civilisation et leur rendant la puissance qu'elles ont perdue chacune individuellement.

Pour cela, il nous faut tourner le dos aux pratiques bruxelloises. L'Union doit cesser de s'occuper de tout ce qui est accessoire pour se consacrer à tout ce qui peut assurer la puissance de notre continent. Et, pour atteindre cet objectif, point n'est besoin de s'enliser dans des débats institutionnels byzantins. La priorité doit aller aux initiatives concrètes et la dynamique venir des nations.

La France moteur de l'Europe
Aussi faut-il que la France prenne la décision stratégique de porter ce projet de nouvelle Europe, de s'en faire l'avocat et de chercher à le mettre en oeuvre. Pour mener à bien cette mission, il faut qu'elle multiplie les initiatives concrètes, au besoin en dehors des institutions bruxelloises et qu'elle constitue autour d'elle un noyau de nations susceptibles de peser dans l'Union. L'idée est que la France devienne le moteur de la puissance européenne en assurant la promotion d'une alliance militaire européenne, en développant une stratégie industrielle fondée sur le patriotisme économique européen, en faisant de l'euro une monnaie de change et de réserve et en relevant les grands défis scientifiques. Notre continent et notre civilisation doivent faire leur retour sur la scène mondiale.

BONNES FEUILLES

Sur les soixante-huitards
Hier ils étaient presque tous chevelus, aujourd'hui beaucoup sont chauves. Hier ils luttaient contre le pouvoir, aujourd'hui ils sont au pouvoir. Hier ils voulaient interdire d'interdire, aujourd'hui ils décident de ce qui est interdit. Hier ils lançaient des pavés, aujourd'hui ils lancent des anathèmes. Ils s'opposaient au pouvoir de l'argent, mais avec leur pouvoir certains d'entre eux ont gagné beaucoup d'argent. Ils combattaient la justice bourgeoise, mais ils ont créé une justice de bobo. Ils stigmatisaient les médias à la botte du pouvoir, mais ils ont mis le pouvoir à la botte des médias. Ils rejetaient la morale de grand-papa, mais, depuis, ils font la morale à tout le monde. Hier ils voulaient faire la révolution, aujourd'hui ils veulent conserver leurs positions. Ils dénonçaient les méfaits du capitalisme, mais beaucoup se sont fait acheter par le grand capital. Ils croyaient construire avec leurs idées, mais leurs idées ont détruit beaucoup de ce en quoi ils croyaient.

Ce sont les soixante-huitards. Ils ont aujourd'hui dépassé la cinquantaine. Et s'ils étaient dans la rue en Mai-68, ils peuplent aujourd'hui les palais nationaux, les cours de justice et les salles de rédaction. Leurs idées ont triomphé et ils se sont installés partout où il y a du pouvoir. Ils sont rédacteurs en chef, directeurs de journaux, animateurs de télévision, juges et chefs d'entreprise, intellectuels et maîtres penseurs, hauts fonctionnaires et même chefs de parti.

Leurs idées, comme leurs personnes, occupent tous les postes stratégiques de notre société. Ils tiennent en main la nation et sont donc les principaux responsables de son déclin.

Sur les eurocrates
Personne ne les connaît et pourtant ils régissent notre vie. Ils parlent toutes les langues, mais ils ont du mal à se faire entendre. Ils travaillent dans des immeubles de verre et de béton comme on en trouve partout, mais nul ne sait qui ils sont, d'où ils viennent et comment ils sont arrivés là. On ne les voit jamais, mais ils sont plus puissants que tous ceux qu'on voit à la télévision. Ce sont des personnages ordinaires, gris, anonymes et interchangeables, mais ils peuvent faire plier les États. Ils n'ont pas de nom, mais ils imposent leurs normes. On ne connaît pas leurs fonctions, mais ils réglementent les métiers. Ils ne parlent pratiquement jamais en public, mais leurs textes sont plus forts que nos lois. On ne sait pas où ils veulent aller, mais ils nous y emmènent.

Ce sont les eurocrates, les fonctionnaires de l'Europe bruxelloise. Commissaires et collaborateurs de tous rangs, ils dirigent l'Europe. Quelles que soient les structures politiques et démocratiques censées les coiffer, ils mènent le jeu et prennent l'initiative de tout ce qui se passe à Bruxelles. Ce sont eux qui assurent la continuité et la permanence des structures européennes. Jamais élus, toujours nommés, ils ne rencontrent pas les peuples européens. Tout se passe par l'intermédiaire de règlements ou de directives qu'ils dictent aux gouvernements nationaux. Ils incarnent l'Europe bruxelloise dont on nous dit qu'elle est l'Europe et qu'elle est notre avenir.

Sur le système médiatique
Tous les Français les connaissent. Ils sont à peine plus d'une dizaine toujours vêtus de noir. Ils ne suivent pas la mode, ils la font. Ils portent beau surtout lorsqu'ils ne le sont pas. Ils ont toujours le sourire aux lèvres sauf lorsqu'ils rient. Et ils rient beaucoup, même lorsqu'ils ne sont pas drôles. Ils fréquentent tous ceux dont on parle et on parle beaucoup d'eux. Ils gagnent énormément d'argent, mais ils ne supportent pas les inégalités. Ils sont vulgaires, mais ils le font exprès. Ils sont bêtes, mais c'est pour faire rire. Ils ne savent rien, mais ils ont réponse à tout. Ils n'ont rien à dire, mais ils parlent tout le temps. Tout chez eux est incorrect, sauf leurs idées. Ils n'ont que des amis car ils peuvent détruire ceux qui ne le sont pas. Ils ont toujours raison car ils sont applaudis sur commande. Ils n'ont peur de rien, sauf de l'audimat.

Ils sont animateurs de talk-shows ou de reality-shows. Ils passent en prime time tous les jours ou toutes les semaines. Ils invitent les intellectuels, les artistes et les hommes politiques, mais ils s'invitent aussi entre eux. Ils disent ce qu'il faut penser, ce qu'il faut aimer et ce qu'il faut détester. Ce sont les grands prêtres de la pensée unique. À longueur d'émission, ils célèbrent les idées correctes. Et toutes les ficelles sont utilisées, de préférence les reportages croustillants et les plaisanteries salaces. On ridiculise les valeurs non conformes, on fait huer ceux qui les défendent et applaudir ceux qui les combattent. [...] Ils constituent la grosse artillerie du pouvoir médiatique [et] représentent aujourd'hui une puissance redoutable qui joue dans notre pays un rôle considérable.