jeudi, 19 novembre 2009

Pourquoi il ne faut pas être 13 à tables

TREIZE A TABLE
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Le Curé de Gathemo se résolut un jour, malgré son grand âge, d’aller à Avranches consulter son évêque sur un cas de conscience qui l’intriguait fort. Il arriva sur les midi à l’Evêché, bien fatigué et couvert de poussière, car sa bourse ne lui avait pas permis de se payer le luxe de la diligence.

C’était l’heure du déjeûner de Monseigneur et précisément ce jour là, Sa Grandeur avait plusieurs invités de marque à sa table.

Lorsque le valet vint avertir le prélat de l’arrivée du Curé, il fronça le sourcil et dit de faire attendre l’intrus qui venait le déranger à pareille heure. Comme si on pouvait laisser refroidir les poulardes truffées pendant que l’abbé débiterait ses antiennes ! Oh ! que nenni ! Le Curé de Gathemo pouvait bien attendre dans l’anti-chambre.

Mais bientôt se ravisant, l’évêque donna l’ordre au valet d’introduire le visiteur.

« Messieurs, dit-il à ses convives, je vous prie d’excuser si je reçois en ce moment un de mes vieux curés, mais c’est un bonhomme très original, qui sait de latin tout juste ce qu’il en faut pour chanter vêpres et qui, je l’espère, va nous divertir par quelque drôlerie de son crû. »

Deux minutes après le Curé introduit par le valet vient humblement se prosterner devant son évêque, fait une profonde révérence à la Compagnie, puis, sur un signe de Monseigneur, va s’asseoir dans un coin de la salle.

« Hé bien, M. le Curé, lui dit Sa Grandeur, au bout de quelques instants, entre deux services, avez-vous quelque difficulté à me soumettre ? Y a-t-il du nouveau dans votre paroisse ?

« - Ah ! Monseigneur, vous savez bien que dans ma pauvre petite paroisse il n’y a jamais rien de nouveau ; mes paroissiens sont toujours occupés à leurs travaux des champs, ils ne quittent guère leur chaumière et moi je fais comme eux, je reste à mon presbytère. Cependant si cela vous intéressait, je pourrais vous raconter un fait assez curieux qui s’est produit dernièrement chez Me Thomas, le fermier de la fosse au loup.

« - Ah ! voyons cela, fit l’Evêque en clignant de l’oeil avec intelligence vers ses convives.

- Pour lors donc, reprit le Curé, maître Thomas a, sauf votre respect et celui de la compagnie qui m’entend, une truie qui lui a fait treize petits cochons et vous savez qu’elle n’a que douze trions dont chaque petit cochon aussitôt né s’est emparé et lorsque le treizième a paru à son tour, aucun de ses frères n’a voulu lui céder la place.

- Vraiment ! M. le Curé, mais alors que fait-il, le 13e, demande l’Evêque.

- Dam ! Monseigneur, il est comme moi, il regarde ses frères manger. »

Les convives partirent d’un grand éclat de rire, mais je crois bien que ce ne fut pas aux dépens du Curé de Gathemo.

mercredi, 18 novembre 2009

De Tarane par Louis du Bois

DE TARANE.



Il est une commune rurale, entre Lisieux et Falaise, où s’est fidèlement conservé le nom de cet antique dieu de nos Pères les Gaulois. Cette commune est Le Ménil-Simon ; ce dieu est le Taranis celte, dont l’autel, comme celui de son collègue Teutatès, était aussi redoutable à l’humanité que l’autel sanglant de Diane dans la Tauride Scythique. Du moins c’est ce qu’affirme le grand poëte Lucain (Pharsale, I ; 446) :

Et Taranis Scythicæ non mitior ara Dianæ.

Taranis, ou bien, comme disent nos paysans, Tarane était le même dieu que le Jupiter Tonnant des Grecs et des Romains. En effet, l’auteur de la Religion des Gaulois (Paris, 1727 ; I ; p. 281) dit avec raison que le mot Taran signifie tonnerre dans l’Armorique et la province de Galles.

Comme tout dégénère suivant les censeurs moroses, Tarane est descendu des cieux d’où il effrayait les mortels, et parfois causait de grands ravages : il est devenu dans notre Pays-d’Auge, et surtout aux environs de St.-Julien-le-Foucon, une divinité de bas étage, qui court nuitamment le pays, bat la campagne pendant l’Avent, et même à d’autres époques, se déguise tantôt en belle dame, tantôt en grand chien, et se fait un jeu malin d’épouvanter les jeunes paysannes qui ne s’en cachent pas, et même quelques paysans ahuris qui chantent pour se rassurer et pour faire croire qu’ils n’ont pas peur.

A la fin du siècle dernier, il existait au Ménil-Simon un particulier nommé Le Dentu, lequel passait pour grand sorcier auprès de quelques bonnes gens qui ne l’étaient guères. Or, ce brave homme avait fait pacte avec le diable qui lui avait octroyé le don de se métamorphoser à volonté et même de se rendre invisible, liberté grande dont le bon Le Dentu n’a jamais abusé que je sache, quoique j’aie vu, ce qui s’appèle vu, plusieurs villageois du pays qui m’ont raconté l’histoire des variations de ses espiégleries, mais dans lesquelles je dois consciencieusement confesser que tout me paraissait fort innocent, acteurs, spectateurs et auditeurs, tous bénévoles à qui mieux mieux, moi compris.

Je croyais que la mort du pauvre Le Dentu, et peut-être les révolutions qui de 1789 à 1830 se sont succédées dans notre bonne France, avaient fait oublier Tarane, comme tant d’autres belles choses ; mais cette péripétie de catastrophes politiques a eu beau briser des trônes et broyer des myriades d’hommes, Tarane a survécu. A l’heure où j’écris ces lignes, comme disent élégamment les épistolaires, le culte du vieux dieu Gaulois prospère le soir dans nos villages, et fait encore peur aux jeunes filles : peur qui bien constatée semblerait prouver que Stace et Pétrone n’avaient pas tant tort que l’on croit, lorsque ils disaient :

Primus in orbe deos fecit timor.

Quoi qu’il en soit, je ne connais rien de plus effrayant et par conséquent de plus révéré dans la vallée de St.-Julien-le-Foucon que l’antique Tarane, excepté peut-être la Fourlore à la flamme éblouissante, la chasse Arthur ou chasse Caïn dont les dogues aboient comme la ceinture de Scylla, le Loup-Garou, les Revenans, le Rongeur-d’os habitué des vieilles boucheries, et quelques autres démons, farfadets ou lémures, dont les vieilles femmes offraient l’imagination des enfans, et qui font palpiter le coeur des jeunes filles d’un autre sentiment, mais avec autant de vivacité, que celui qu’on doit et reproche

A ce beau dieu qu’on nous peint dans l’enfance,
Et dont les jeux ne sont pas jeux d’enfant.

samedi, 31 octobre 2009

Le loup et la Louve dans la mythologie celtique

 

femelle.jpgLoup et Louve

par Marc


Equivalent lunaire du Lion, le loups, esprit de la forêt, est l'animal représentant les forces de la nuit, peu connues de notre conscience solaire mais symbole des dangers redoutés de ceux qui s'égarent.

Associé au royaume des morts, le loup devin un principe initiatique et psychopompe.


Le loup et la louve sont aussi les instruments de la divinité Mère , ou la manifestation de celle-ci. Parmi les êtres qu'elle mit au monde, la Louve Henwen, La Vieille Blanche, enfanta un louveteau et un aiglon.


Dans leur parcours initiatique Gilwaethwy et Goewin furent transformés en loup et louve et engendrèrent le louveteau Bleiddwein. A l'inverse lorsque Mac Cecht fut blessé, on lui ôta un loup du corps alors qu'il croyait être lui-même une fourmi ce qui est peut -être l'image d'un transfert ou d'une révélation psychologique.

 

la Forêt dans la mythologie Celtique

foret.jpg

Forêt par Marc


La Forêt est l'endroit où le héros confectionne ses armes et affronte les premières épreuves de son itinéraire, les géants et les êtres surnaturels. Il s'agit toujours d'entités possédant une Connaissance ou un pouvoir que le héros doit comprendre puis intégrer avant de poursuivre sa route. Les mythes et les légendes montrent combien les forêts, à la symbolique maternelle, furent riches d'enseignements et de mystères à découvrir.

Lieu d'épreuves initiatiques par excellence, la forêt est un temple bâtit par la nature, un endroit où la conscience solaire ne peut que difficilement se frayer un chemin. C'est cependant dans ce royaume végétal dont les celtes firent un sanctuaire, que vivent les fées, les druides et les initiatrices, là aussi que les valeureux guerriers tremblent. Certains récits montrent ces personnages se dirigeant vers les profondeurs végétales, lieu de toutes les magies où les attendent leurs épreuves et la Dame de leur Fontaine.

jeudi, 29 octobre 2009

la Dame Blanche

par Caroline

On la surnomme "l'Emperesse" mais, en réalité, elle est Mathilde, petite-fille de Guillaume le Conquérant, épouse de Geoffroy Plantagenet, Duc d’Anjou. Dieu lui permit d'avoir un fils, Henri II Plantagenet, qui deviendra Duc de Normandie, roi d’Angleterre et futur père du célèbre Richard Cœur de Lion.

Mariée dès l’âge de six ans au vieil empereur d'Allemagne, avant d’épouser en secondes noces le duc d’Anjou, elle fut maudite par les traditions. Cloîtrée dans la chambre rose pendant cinq ans par son père qui lui reprochait ses mœurs libérées et sa frivolité, elle est revenue hanter Mortemer après sa mort, victime d’une douloureuse et pénible solitude.

Depuis, elle occupe ses siècles d'errance à promener sa fragile silhouette dans ces ruines, de préférences les nuits de pleine lune ou toutes les nuits suivant le premier vendredi du mois, entre 1h00 et 2h00 du matin. Seules les personnes sensibles peuvent sentir sa présence. Mais attention, une légende affirme que si vous l’apercevez gantée de noir, vous mourrez dans l'année. En revanche, si elle porte des gants blancs, c'est un signe de naissance ou de mariage…

Les Mégalithes tournants par Léon de Vesly

I. - LES MÉGALITHES TOURNANTS


C'est aujourd'hui la veillée de Noël. De tous les clochers de la ville s'échappent de joyeux carillons, et de ma fenêtre j'aperçois les vitraux de Saint-Ouen s'éclairer. Les mailles des plombs sertissent de noir les auréoles des saints et les robes des lévites. Les feux du gaz font flamber la rosace que traça le compas de Berneval, tandis que d'une haute cheminée s'échappe la fumée du calorifère étendant sa lèpre noirâtre sur les moines, les évêques et sur tout ce peuple de statues fixé au sommet des pinacles par le génie de nos pères.

Adieu, saints prélats, dont le givre recouvrait les dalmatiques et festonnait les ornements des mitres : la suie recouvre maintenant vos manteaux; et vous, gargouilles à la gueule béante, désormais vous ne lancerez plus que les résidus de la houille.

Remisée aux vieux clichés, la lueur pâle et tremblante des cierges. Déposés dans les musées, les chauffemains de nos aïeules, chefs-d'oeuvre de nos faïenciers rouennais. Le gaz, l'électricité, le calorifère vous ont remplacés, et les poètes seuls pourront encore évoquer vos images troublantes.....

Pendant que je laissais ainsi errer ma pensée, la foule des fidèles se rendait à la vieille abbatiale pour redire le « Gloria », ce chant d'allégresse qu'entonnèrent les anges, il y a près de 2,000 ans, aux cieux de Bethléem, car seule la liturgie conserve les vieilles traditions, quoiqu'elles se modifient chaque jour au contact de la musique profane.

Et, cependant, comme ils étaient beaux en leur simple et lente mélopée ces chants religieux, ces Noëls naïfs qui bercèrent et réjouirent nos aïeux. Un poète, Maurice Bouchor et de patients érudits, MM. Christophe Allard et Noury, s'efforcent de les recueillir pour nous faire goûter le charme de leur poésie et la saveur de leur rusticité.

Et ces vieilles légendes contées sous la vaste cheminée pendant que la bûche de Noël crépitait dans l'âtre, elles ne sont pas complètement oubliées. Hâtons-nous donc de les recueillir pendant qu'il en est temps encore.

Le narrateur est devenu vieux, il a bien la tête branlante et le récit un peu languissant, mais les superstitions, quoique altérées, sont encore conservées par les populations des villages, ignorantes des inventions de la science moderne.

Noël est non seulement, pour le peuple, la nuit où naquit l'Enfant-Dieu, c'est aussi celle où parut dans les cieux l'étoile miraculeuse : l'astre des mages chaldéens.

Est-ce un lointain souvenir de l'enseignement des druides, ces prêtres astrologues qui célébraient le solstice d'hiver ? Est-ce un souvenir plus lointain encore ? - Je ne saurais préciser, mais ce que je sais, c'est que j'ai retrouvé dans plusieurs légendes la trace de pratiques astrologiques. Et cependant le peuple ignore les pyramides à étages et les tablettes d'argile chargées de caractères cunéiformes ; mais comme il est logique, il reconnaît dans les mages, les pères de l'astrologie. Avec son bon sens, il les revoit, les yeux fixés tour à tour sur des lignes cabalistiques et sur la voûte du firmament, où, les premiers, ils découvrent l'astre qui doit guider rois et bergers vers l'étable où est né Jésus.

Aussi, dans cette nuit de Noël, tout prend un air de mystère, voire même de sorcellerie. Les roches qui bordent notre beau fleuve, les monuments mégalithiques qui se dressent encore au milieu des champs voient leurs grosses pierres tourner plusieurs fois sur elles-mêmes pendant la généalogie de la Messe de minuit.

A Gerponville (canton de Valmont), un mégalithe situé aux Clos-Blancs, hameau de Veauville, s'agite au fond de la fosse où il repose depuis des siècles et tourne trois fois sur lui-même.

Que si l'énorme pierre exécute ce mouvement, c'est sans endommager son beau manteau de lichens et de mousses, et sans fouler les ronces qui l'enveloppent. C'est du moins ce que j'ai constaté ; mais à Gerponville on croit au surnaturel et une pierre du bois voisin de celui du Pivallet préserve de la foudre (1).

Une autre pierre tournante est celle connue sous le nom de « Mademoiselle de Mallemains ». Elle est située au Boscgouet, commune du canton de Routot (Eure), sur le bord d'un bois voisin de celui du Perret et de la forêt de La Londe.

En cet endroit s'élève un tertre de peu de hauteur, légèrement incurvé en son milieu et qu'abritent des sapins. Au fond de la cavité une grosse pierre de deux mètres de longueur sur soixante-dix centimètres de largeur est couchée à terre. C'est là le mégalithe valseur qui tourne sur lui-même pendant la nuit de Noël. Mlle Amélie Bosquet, qui rapporte aussi cette légende, ajoute que les habitants du pays prétendent qu'un ancien propriétaire ayant enlevé la pierre de l'emplacement qu'elle occupe, à l'aide de trois cents chevaux, elle y revint elle-même de son propre mouvement la nuit suivante (2).

A une lieue à peine au-dessous de Caudebec, sur le territoire de Villequier et non loin du château de la Martinière, se voit une roche que le peuple désigne sous le nom du Pain Bénit. Cette roche ne se distingue des roches voisines que par sa forme conique un peu aplatie au sommet. Mais combien elle est vénérée dans toute la contrée. Ses flancs recèlent des trésors que gardent des monstres et des dames blanches ; et, chaque année, cette roche tourne sept fois sur elle-même pendant la gènéalogie de la Messe dé Minuit (3).

mardi, 27 octobre 2009

Le Climat dans la langue normande

par Thibault

 

Pleuvoir légèrement: chagriner, plleuvachi, boucailli

Pleuvoir à verse: acrasaer de plleure

Pluie intense que la terre a du mal à absorber: assoume d'iâo

Très forte averse: fflas d'iâo

Pluie très violente: achânaée

Pluie très forte: abat d'iâo

Les brouillards: broussi, brousse, bllâse, buhan, breune purante

Les crachins: il brouollache, il broussène, il pllouêne, il brouasse

 

 

 

Une berceuse normande

Présentation de cette berceuse en langue normande par Thibault

Je sais très bien que les articles sur la langue normande intéressent un autre lectorat. Connaissant plusieurs personnes parlant encore une des langues normandes. Voilà pourquoi j'essaye d'apprendre cette langue. C'est vraiment dommage que l'éducation nationale a détruit ce riche patrimoine linguistique.

Alors au lieu de faire apprendre l'arabe dans les écoles de l'Eure, les instituteurs devraient faire découvrir la langue Normande, bien plus proche de la langue française.

 

Dors men fisset

Dors men fisset, men D'siré, men petit quenâle

Si tu fait dodo, t'éras du gâtiâo

Toute la journaée ch'est pouor tei que je travâle.

Jusqu'à deman matin dors, men pouor petiot.

 

Entends-tu, dauns la nyit neire

L'iâo qui cllaque counte les carreaux?

Quand i va rentraer, ten père

Sera o trempaé jusqu'és os

 

Dé depis tatôt que je balaunche

Ten petit her qui fait "crincrin"

J'écoute le vent dauns la cllanche

Vîpaer touot coume eun goublin...

 

Si tu dois, si t'est byin sage

Si tu me fais pas endêvaer,

Je te ménerai daman dauns l'herbage

J'irouns touos déeus nous proumenaer.

 

Je te mount'rai dauns la veiteure

A note vuus quéton "Coco";

Je porterouns tous deus la bouêteure

Pour dînnaer le petit vélo.

 

J'irouns guetti les waquettes

Qui bâlent du si boun lailait

Et je te ramassarount des pâquerettes

Des jâonets pllen men devaunté.

 

Mais tu geins!... Quique t'as... T'enhanne!

As tu freid... T'es pas dispos...

Je vas queri men gros châle dé lanne

Pour ennichi tes pinos...

 

Ma poure soupe n'est pas dréchie

Et ten père est arvenu

V'la la nyit byin avaunchie;

Dépêche tei de froumaer l'u.

 

Je veis des Aunges qui mettent leus ales

Et qui câochent leus petits soulys

Pour s'en venir par sous l's éteiles

Brêchi les quenâles endormins...

 

Alfred NOEL (1883-1918)

Dors men fisset.

 

dimanche, 11 octobre 2009

Dictons et expressions populaires de Normandie


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Auteur : Hervé EVENO

Edition Corlet 
ISBN :2-85480-790-1

Nombre de pages :96
Prix :7.00 €

 

Le dicton, à dire vrai, n'apprend rien à l'homme qu'il ne sache déjà.

Il est donc inutile !

Et pourtant, comme il conforte, console et nous rappelle la sagesse de nos ancêtres. Semblable au bon archange qui déploie ses ailes sur la Normandie, il veille au-dessus de nos têtes et terrasse les dragons...

Alors, ensemble, faisons-le vivre, empêchons-le de s'effacer de nos mémoires et transmettons-le à nos enfants.

Le duché normand de monsieur de La Varende par anne Bernet

source: Les Provinciales d'Anne Bernet


Il semble parfois que certains hommes, en venant au monde, se soient trompés de siècle. Jean-Balthazar Mallard, comte de La Varende, était de cette race. Son siècle était trop petit pour lui.

Il aurait dû naître Viking et « chanter la messe des épées » sur les côtes de Neustrie. Il aurait dû chevaucher parmi les grands barons de Guillaume, duc et bâtard ; et roi... Il aurait dû être chevalier de Malte et mener en Méditerranée une galère de la Religion. Il aurait dû compter parmi ces gentilshommes campagnards, qui jamais n’avaient vu Versailles et qui se firent étriper dans l’obstinée et vaillante chouannerie de Monsieur de Frotté. Mais c’est en 1887 qu’il naquit... Sa double ascendance normande et bretonne, l’exemple de son grand-père maternel, l’amiral Fleuriot de Langle, lui donnèrent très jeune le goût des choses maritimes. La Varende voulut entrer à Navale. Il dut renoncer. De même il se crut artiste peintre et sculpteur. Aurait-il trouvé là sa voie ? En 1918, il revint de la guerre que, réformé, il avait faite dans l’emploi périlleux de brancardier, blessé jusqu’à l’âme, saturé d’horreur et de souffrances. Alors, la Normandie le sauva.


Jean de La Varende avait trois ans lorsque sa mère, restée veuve un mois à peine après la naissance de ce fils cadet, incapable de soutenir plus longtemps terres et château, dans la solitude d’une province qu’elle n’aimait pas, rentra en Bretagne. L’enfant n’avait pas eu conscience de son solage natal ; le déracinement brutal le lui fit connaître. Adulte, il décrivit ainsi son arrivée à Rennes et ses conséquences à long terme : « Je dois tout au mal du pays. J’ai été giflé, attaqué, mordu, propulsé par la nostalgie. (...) Dès l’instant où je mis le pied dans cette chère ville [Rennes] je suis devenu Normand conscient, Normand enragé, frénétique. La Normandie m’apparut une terre de promission ».

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