mardi, 15 décembre 2009

La bûche de Noël en Normandie

source: Marchangy (1782-1826) par G. Dubosc. Journal de Rouen, 25 décembre 1898.


" Le père de famille, accompagné de ses fils et de ses serviteurs, va à l'endroit du logis où, l'année précédente, à la même époque, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche de Noël.

Ils rapportent solennellement ces tisons qui, dans leur temps, avaient jeté de si belles flammes à rencontre des faces réjouies des convives.

L'aïeul les pose dans ce foyer qu'ils ont connu et tout le monde se met à genou en récitant le Pater. Deux forts valets de ferme apportent lentement la bûche nouvelle, qui prend date, comme dans une dynastie. On dit la bûche 1ère, la bûche 2e, la 20e, la 30e, ce qui signifie que le père de famille a déjà présidé une fois, deux fois, vingt fois, trente fois semblable cérémonie.

La bûche nouvelle est toujours la plus grosse que le bûcheron puisse trouver dans la forêt, c'est la plus forte partie du tronc de l'arbre ou, le plus souvent, c'est la masse de ses énormes racines, qu'on appelle la souche ou la coque de Noël.


A l'instant où l'on y met le feu, les petits enfants vont prier dans un coin de l'appartement, afin, leur dit-on, que la souche leur fasse des présents, et, tandis qu'ils prient, on met à chaque bout de cette souche des paquets d'épices, de dragées et de fruits confits. Qu'on juge de l'empressement et de la joie des enfants à venir recevoir de pareils présents !

De nos jours, l'usage de la bûche de Noël tend à disparaître des pays normands.

Longtemps, les pauvres gens des campagnes, en attendant l'heure de la messe de minuit, ont dû se réchauffer autour de l'énorme bûche éclairant de sa lumière flamboyante la compagnie réunie sous la hotte de la cheminée.

C'est assis, devant son brasier, qu'on restait jusqu'au moment où, à travers champs, on allait gagner la pauvre église où devait se célébrer la Messe des bergers.

C'est devant l'âtre rougeoyant qu'on se racontait toutes ces légendes merveilleuses de Noël, toutes ces traditions qui, contées par la voix tremblante des aïeules, se sont transmises jusqu'à nos jours :  les pierres tournantes, comme celles de Gerponville, de Saint-Arnoult, de Malle-mains, qui tournent sept fois pendant la nuit de Noël ;

les trésors qui ne se découvrent que lorsqu'on sonne le premier coup delà messe nocturne ;

les feux follets qui dansent pendant la nuit sur les tombes du cimetière et bien d'autres contes fantastiques. "


lundi, 14 décembre 2009

Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique celte


dictionnaire_celte.jpgLes traditions celtiques n'ont pas totalement disparu de nos mémoires, et les forêts que les druides honoraient de leur culte, Brocéliande et les plaines sacrées d'Irlande, sont toujours là pour nous rappeler combien les dieux, les héros et les bardes sont proches de nos actuelles préoccupations. Combien ils nous sont indispensables.
Au bout de l'Océan de l'Ouest, dans l'Ile d'Avallon, cachée à nos regards mais si proche de notre conscience, Merlin, (Myrrdyn le Gallois), fait semblant de dormir aux côtés d'Arthur, de Morgane et de Mélusine, tandis qu'en forêt de Cornouailles ou d'Armorique, près de la fontaine magique, une Dame attend son Chevalier Noir. Tous se réveilleront si on fait le voyage, tous nous instruiront si on les interroge.
C'est ce que propose le dictionnaire de mythologie et de symbolique celte en mettant en lumière ce que les légendes et récits mythiques contiennent de Connaissance cachée et initiatique.
En un millier de noms et de mots, Robert-Jacques THIBAUD dévoile l'extraordinaire richesse contenue dans des récits tels que la navigation de Bran, les métamorphoses de Gwion Bach devenant le poète Taliesin, le merveilleux Combat des Arbres et le Chant d'Amorgen.

dimanche, 13 décembre 2009

Symboles et mythologie celtique (3ème)


Fontaine

par Marc


Pour le druidisme, la fontaine appartenait totalement au symbolisme lunaire et féminin de la Grande Déesse, c'est pourquoi un chevalier était à son service, préfigurant l'attachement qu'eurent à l'époque médiévale les chevaliers à leur Belle Dame. Dans les légendes celtes, le Chevalier Noir défendait les fontaines. C'est ainsi qu'au Pays de Galles, le chevalier Owein, après avoir épousé Laudine, devint lui-même le défenseur de la fontaine. Partout, la Dame de la Fontaine manifestait les pouvoirs et attributs sacrés des reines et des déesses. La Fontaine de Barenton était aussi gardée par un chevalier noir que les autres chevaliers combattaient. Finalement, le vainqueur de cette joute remplaçait le vaincu et épousait la Dame de la Fontaine, c'est-à-dire la véritable propriétaire de la source d'où émanaient la foudre et les tempêtes, ainsi que les énergies permettant les résurrections.


Celles ci faisait partie des attributions de Diancecht qui ramenait à la vie les morts en les trempant dans l'eau de la Fontaine de Santé.


La Fontaine était une étape importante de l'enseignement druidique initiatique. C'est ainsi que Kaodalan montra son pouvoir sur l'eau en se transformant lui-même en Fontaine. Symboliquement, de la fontaine sacré émane l'énergie céleste venant s'unir à celle de la Terre. Cette alliance en fait la source d'Eau Vive, symbole de vie et de Connaissance, manifestation de la Grande Déesse, que tous les peuples célèbrent sous différents noms. Son eau promet pour ces raisons, la régénération et la purification, physique et spirituelle, à ceux qui s'y désaltèrent, s'y baignent ou s'y noient, à ceux qui parviennent à en épouser la propriétaire. Les fontaines sacrées sont encore nombreuses dans les terres bretonnes, galloises, écossaises et irlandaises. Sous d'autres appellations, elles témoignent des pratiques druidiques disparues.


Argent


Lorsqu’il s’agit de la couleur ou du métal, l’argent se rattache au symbolisme de la Lune. Dans les légendes et mythes celtes l’argent en tant que monnaie n’est pratiquement jamais mentionné tandis que le métal est plus fréquent. C’est ainsi que le roi Aillil obtient le poids de sa fille Etaine en or et en argent lorsque Mider veut l’épouser et c’est en argent que Diancecht refait la main que Nuada a perdu au combat.


Chouette

La chouette manifeste la Connaissance et la conscience demeurant dans la nuit. C'est pour cela un symbole de vigilance et d'espérance dans les ténèbres et dans la symbolique de la mort. Comme les divinités féminines celtes, la chouette, quoique nocturne, est un symbole lumineux. De très nombreuses gravures et parures celtes représentent cet oiseau que l'on a toujours craint et honoré tant il reste énigmatique, à l'image du druidisme.


Coq

Puissant symbole solaire, le coq est associé à la naissance du jour et, analogiquement, à l'éveil de la conscience. Il participe au passage de la nuit à la lumière. Il n'est pratiquement pas mentionné dans les mythes celtiques et ne symbolise la Gaule qu'après l'occupation romaine.

Ours

Pour les celtes du nord et du centre de l'europe, l'ours manifestait les principes de Forces et de Pouvoir temporel. Sans prédateur visible, il régnait sans partage dans son lieu de vie comme le faisait le lion dans les contrées du sud. L'ours était l'image mythique de l'ensemble du monde matériel, le symbole du pouvoir temporel. On trouve artos, le nom celte de l'ours dans l'irlandais art, le gallois arth et enfin le breton arzh


Le grand roi Arthur, était surnommé « Roi du Monde, « roi du peuple des ours », ou encore « roi polaire », en relation avec la Grande et Petite Ours nommées Le Char d'Arthur (cerbyd Arthur).


Dans les mythes celtes, l'Ours est toujours opposé au Sanglier qui représente la fonction sacerdotale, le pouvoir spirituel des druides et des prêtres. C'est la raison pour laquelle Arthur est un chasseur-roi, poursuivant obstinément, comme d'autres héros ou rois avant lui, Twrch Trwyth, la laie de l'autre Monde (une des manifestation de la Grande Déesse) afin de posséder les deux pouvoirs.

Cette poursuite est à l'origine de la Quête spirituelle des chevaliers. Elle exige que le poursuivant soit maître de son royaume, c'est-à-dire de lui même. Le mythe arthurien, douze chevaliers en quête du Graal, ne s'éloigne pas de cet enseignement traditionnel.

lundi, 23 novembre 2009

Coiffer Sainte Catherine, une coutume Vernonnaise

Coiffer Sainte Catherine, une coutume Vernonnaise

Par Mathilde

Jusqu'au XVIII ème siècle, le jour de la Sainte Catherine était une fête rubriquée, une fête d'obligation, c'est à dire un jour chômé. Ah l'heureux temps! Il est vrai qu'en contrepartie le 14 juillet n'existait pas encore!

Sainte Catherine d'Alexandrie: à Vernon on la vénérait particulièrement. A Bizy, bien sur, mais à Vernonnet aussi dans une grotte creusée dans le mont d'Heurgival, non loin de la mare de l'Ermitage. Cette grotte (aujourd'hui disparue) était la copie conforme de la grotte du prophète Élie sur le mont Sinaï! La légende veut que Catherine soit morte martyrisée et vierge! Ainsi était elle naturellement appelée à devenir la sainte patronne des demoiselles, et des demoiselles vernonnaises en particulier. Car au début du siècle avant la guerre, tous les 25 novembre, les jeunes vierges de Vernon sur Seine avaient comme coutume de défiler, revêtues de leurs jolis costumes normands et coiffés d'un bonnet pyramidal fait de riche dentelle pour aller faire leur dévotion à Sainte Catherine d'Alexandrie.

Mais cette procession coiffait un autre objectif qui était évidemment de se faire remarquer des jeunes beaux célibataires.

Ainsi la réputation de sainte Catherine d'Alexandrie allait se faire à son insu: la sainte, vierge et martyre allait devenir, sans l'avoir voulu, une pourvoyeuse de maris.

jeudi, 19 novembre 2009

Pourquoi il ne faut pas être 13 à tables

TREIZE A TABLE
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Le Curé de Gathemo se résolut un jour, malgré son grand âge, d’aller à Avranches consulter son évêque sur un cas de conscience qui l’intriguait fort. Il arriva sur les midi à l’Evêché, bien fatigué et couvert de poussière, car sa bourse ne lui avait pas permis de se payer le luxe de la diligence.

C’était l’heure du déjeûner de Monseigneur et précisément ce jour là, Sa Grandeur avait plusieurs invités de marque à sa table.

Lorsque le valet vint avertir le prélat de l’arrivée du Curé, il fronça le sourcil et dit de faire attendre l’intrus qui venait le déranger à pareille heure. Comme si on pouvait laisser refroidir les poulardes truffées pendant que l’abbé débiterait ses antiennes ! Oh ! que nenni ! Le Curé de Gathemo pouvait bien attendre dans l’anti-chambre.

Mais bientôt se ravisant, l’évêque donna l’ordre au valet d’introduire le visiteur.

« Messieurs, dit-il à ses convives, je vous prie d’excuser si je reçois en ce moment un de mes vieux curés, mais c’est un bonhomme très original, qui sait de latin tout juste ce qu’il en faut pour chanter vêpres et qui, je l’espère, va nous divertir par quelque drôlerie de son crû. »

Deux minutes après le Curé introduit par le valet vient humblement se prosterner devant son évêque, fait une profonde révérence à la Compagnie, puis, sur un signe de Monseigneur, va s’asseoir dans un coin de la salle.

« Hé bien, M. le Curé, lui dit Sa Grandeur, au bout de quelques instants, entre deux services, avez-vous quelque difficulté à me soumettre ? Y a-t-il du nouveau dans votre paroisse ?

« - Ah ! Monseigneur, vous savez bien que dans ma pauvre petite paroisse il n’y a jamais rien de nouveau ; mes paroissiens sont toujours occupés à leurs travaux des champs, ils ne quittent guère leur chaumière et moi je fais comme eux, je reste à mon presbytère. Cependant si cela vous intéressait, je pourrais vous raconter un fait assez curieux qui s’est produit dernièrement chez Me Thomas, le fermier de la fosse au loup.

« - Ah ! voyons cela, fit l’Evêque en clignant de l’oeil avec intelligence vers ses convives.

- Pour lors donc, reprit le Curé, maître Thomas a, sauf votre respect et celui de la compagnie qui m’entend, une truie qui lui a fait treize petits cochons et vous savez qu’elle n’a que douze trions dont chaque petit cochon aussitôt né s’est emparé et lorsque le treizième a paru à son tour, aucun de ses frères n’a voulu lui céder la place.

- Vraiment ! M. le Curé, mais alors que fait-il, le 13e, demande l’Evêque.

- Dam ! Monseigneur, il est comme moi, il regarde ses frères manger. »

Les convives partirent d’un grand éclat de rire, mais je crois bien que ce ne fut pas aux dépens du Curé de Gathemo.

mercredi, 18 novembre 2009

De Tarane par Louis du Bois

DE TARANE.



Il est une commune rurale, entre Lisieux et Falaise, où s’est fidèlement conservé le nom de cet antique dieu de nos Pères les Gaulois. Cette commune est Le Ménil-Simon ; ce dieu est le Taranis celte, dont l’autel, comme celui de son collègue Teutatès, était aussi redoutable à l’humanité que l’autel sanglant de Diane dans la Tauride Scythique. Du moins c’est ce qu’affirme le grand poëte Lucain (Pharsale, I ; 446) :

Et Taranis Scythicæ non mitior ara Dianæ.

Taranis, ou bien, comme disent nos paysans, Tarane était le même dieu que le Jupiter Tonnant des Grecs et des Romains. En effet, l’auteur de la Religion des Gaulois (Paris, 1727 ; I ; p. 281) dit avec raison que le mot Taran signifie tonnerre dans l’Armorique et la province de Galles.

Comme tout dégénère suivant les censeurs moroses, Tarane est descendu des cieux d’où il effrayait les mortels, et parfois causait de grands ravages : il est devenu dans notre Pays-d’Auge, et surtout aux environs de St.-Julien-le-Foucon, une divinité de bas étage, qui court nuitamment le pays, bat la campagne pendant l’Avent, et même à d’autres époques, se déguise tantôt en belle dame, tantôt en grand chien, et se fait un jeu malin d’épouvanter les jeunes paysannes qui ne s’en cachent pas, et même quelques paysans ahuris qui chantent pour se rassurer et pour faire croire qu’ils n’ont pas peur.

A la fin du siècle dernier, il existait au Ménil-Simon un particulier nommé Le Dentu, lequel passait pour grand sorcier auprès de quelques bonnes gens qui ne l’étaient guères. Or, ce brave homme avait fait pacte avec le diable qui lui avait octroyé le don de se métamorphoser à volonté et même de se rendre invisible, liberté grande dont le bon Le Dentu n’a jamais abusé que je sache, quoique j’aie vu, ce qui s’appèle vu, plusieurs villageois du pays qui m’ont raconté l’histoire des variations de ses espiégleries, mais dans lesquelles je dois consciencieusement confesser que tout me paraissait fort innocent, acteurs, spectateurs et auditeurs, tous bénévoles à qui mieux mieux, moi compris.

Je croyais que la mort du pauvre Le Dentu, et peut-être les révolutions qui de 1789 à 1830 se sont succédées dans notre bonne France, avaient fait oublier Tarane, comme tant d’autres belles choses ; mais cette péripétie de catastrophes politiques a eu beau briser des trônes et broyer des myriades d’hommes, Tarane a survécu. A l’heure où j’écris ces lignes, comme disent élégamment les épistolaires, le culte du vieux dieu Gaulois prospère le soir dans nos villages, et fait encore peur aux jeunes filles : peur qui bien constatée semblerait prouver que Stace et Pétrone n’avaient pas tant tort que l’on croit, lorsque ils disaient :

Primus in orbe deos fecit timor.

Quoi qu’il en soit, je ne connais rien de plus effrayant et par conséquent de plus révéré dans la vallée de St.-Julien-le-Foucon que l’antique Tarane, excepté peut-être la Fourlore à la flamme éblouissante, la chasse Arthur ou chasse Caïn dont les dogues aboient comme la ceinture de Scylla, le Loup-Garou, les Revenans, le Rongeur-d’os habitué des vieilles boucheries, et quelques autres démons, farfadets ou lémures, dont les vieilles femmes offraient l’imagination des enfans, et qui font palpiter le coeur des jeunes filles d’un autre sentiment, mais avec autant de vivacité, que celui qu’on doit et reproche

A ce beau dieu qu’on nous peint dans l’enfance,
Et dont les jeux ne sont pas jeux d’enfant.

samedi, 31 octobre 2009

Le loup et la Louve dans la mythologie celtique

 

femelle.jpgLoup et Louve

par Marc


Equivalent lunaire du Lion, le loups, esprit de la forêt, est l'animal représentant les forces de la nuit, peu connues de notre conscience solaire mais symbole des dangers redoutés de ceux qui s'égarent.

Associé au royaume des morts, le loup devin un principe initiatique et psychopompe.


Le loup et la louve sont aussi les instruments de la divinité Mère , ou la manifestation de celle-ci. Parmi les êtres qu'elle mit au monde, la Louve Henwen, La Vieille Blanche, enfanta un louveteau et un aiglon.


Dans leur parcours initiatique Gilwaethwy et Goewin furent transformés en loup et louve et engendrèrent le louveteau Bleiddwein. A l'inverse lorsque Mac Cecht fut blessé, on lui ôta un loup du corps alors qu'il croyait être lui-même une fourmi ce qui est peut -être l'image d'un transfert ou d'une révélation psychologique.

 

la Forêt dans la mythologie Celtique

foret.jpg

Forêt par Marc


La Forêt est l'endroit où le héros confectionne ses armes et affronte les premières épreuves de son itinéraire, les géants et les êtres surnaturels. Il s'agit toujours d'entités possédant une Connaissance ou un pouvoir que le héros doit comprendre puis intégrer avant de poursuivre sa route. Les mythes et les légendes montrent combien les forêts, à la symbolique maternelle, furent riches d'enseignements et de mystères à découvrir.

Lieu d'épreuves initiatiques par excellence, la forêt est un temple bâtit par la nature, un endroit où la conscience solaire ne peut que difficilement se frayer un chemin. C'est cependant dans ce royaume végétal dont les celtes firent un sanctuaire, que vivent les fées, les druides et les initiatrices, là aussi que les valeureux guerriers tremblent. Certains récits montrent ces personnages se dirigeant vers les profondeurs végétales, lieu de toutes les magies où les attendent leurs épreuves et la Dame de leur Fontaine.

jeudi, 29 octobre 2009

la Dame Blanche

par Caroline

On la surnomme "l'Emperesse" mais, en réalité, elle est Mathilde, petite-fille de Guillaume le Conquérant, épouse de Geoffroy Plantagenet, Duc d’Anjou. Dieu lui permit d'avoir un fils, Henri II Plantagenet, qui deviendra Duc de Normandie, roi d’Angleterre et futur père du célèbre Richard Cœur de Lion.

Mariée dès l’âge de six ans au vieil empereur d'Allemagne, avant d’épouser en secondes noces le duc d’Anjou, elle fut maudite par les traditions. Cloîtrée dans la chambre rose pendant cinq ans par son père qui lui reprochait ses mœurs libérées et sa frivolité, elle est revenue hanter Mortemer après sa mort, victime d’une douloureuse et pénible solitude.

Depuis, elle occupe ses siècles d'errance à promener sa fragile silhouette dans ces ruines, de préférences les nuits de pleine lune ou toutes les nuits suivant le premier vendredi du mois, entre 1h00 et 2h00 du matin. Seules les personnes sensibles peuvent sentir sa présence. Mais attention, une légende affirme que si vous l’apercevez gantée de noir, vous mourrez dans l'année. En revanche, si elle porte des gants blancs, c'est un signe de naissance ou de mariage…

Les Mégalithes tournants par Léon de Vesly

I. - LES MÉGALITHES TOURNANTS


C'est aujourd'hui la veillée de Noël. De tous les clochers de la ville s'échappent de joyeux carillons, et de ma fenêtre j'aperçois les vitraux de Saint-Ouen s'éclairer. Les mailles des plombs sertissent de noir les auréoles des saints et les robes des lévites. Les feux du gaz font flamber la rosace que traça le compas de Berneval, tandis que d'une haute cheminée s'échappe la fumée du calorifère étendant sa lèpre noirâtre sur les moines, les évêques et sur tout ce peuple de statues fixé au sommet des pinacles par le génie de nos pères.

Adieu, saints prélats, dont le givre recouvrait les dalmatiques et festonnait les ornements des mitres : la suie recouvre maintenant vos manteaux; et vous, gargouilles à la gueule béante, désormais vous ne lancerez plus que les résidus de la houille.

Remisée aux vieux clichés, la lueur pâle et tremblante des cierges. Déposés dans les musées, les chauffemains de nos aïeules, chefs-d'oeuvre de nos faïenciers rouennais. Le gaz, l'électricité, le calorifère vous ont remplacés, et les poètes seuls pourront encore évoquer vos images troublantes.....

Pendant que je laissais ainsi errer ma pensée, la foule des fidèles se rendait à la vieille abbatiale pour redire le « Gloria », ce chant d'allégresse qu'entonnèrent les anges, il y a près de 2,000 ans, aux cieux de Bethléem, car seule la liturgie conserve les vieilles traditions, quoiqu'elles se modifient chaque jour au contact de la musique profane.

Et, cependant, comme ils étaient beaux en leur simple et lente mélopée ces chants religieux, ces Noëls naïfs qui bercèrent et réjouirent nos aïeux. Un poète, Maurice Bouchor et de patients érudits, MM. Christophe Allard et Noury, s'efforcent de les recueillir pour nous faire goûter le charme de leur poésie et la saveur de leur rusticité.

Et ces vieilles légendes contées sous la vaste cheminée pendant que la bûche de Noël crépitait dans l'âtre, elles ne sont pas complètement oubliées. Hâtons-nous donc de les recueillir pendant qu'il en est temps encore.

Le narrateur est devenu vieux, il a bien la tête branlante et le récit un peu languissant, mais les superstitions, quoique altérées, sont encore conservées par les populations des villages, ignorantes des inventions de la science moderne.

Noël est non seulement, pour le peuple, la nuit où naquit l'Enfant-Dieu, c'est aussi celle où parut dans les cieux l'étoile miraculeuse : l'astre des mages chaldéens.

Est-ce un lointain souvenir de l'enseignement des druides, ces prêtres astrologues qui célébraient le solstice d'hiver ? Est-ce un souvenir plus lointain encore ? - Je ne saurais préciser, mais ce que je sais, c'est que j'ai retrouvé dans plusieurs légendes la trace de pratiques astrologiques. Et cependant le peuple ignore les pyramides à étages et les tablettes d'argile chargées de caractères cunéiformes ; mais comme il est logique, il reconnaît dans les mages, les pères de l'astrologie. Avec son bon sens, il les revoit, les yeux fixés tour à tour sur des lignes cabalistiques et sur la voûte du firmament, où, les premiers, ils découvrent l'astre qui doit guider rois et bergers vers l'étable où est né Jésus.

Aussi, dans cette nuit de Noël, tout prend un air de mystère, voire même de sorcellerie. Les roches qui bordent notre beau fleuve, les monuments mégalithiques qui se dressent encore au milieu des champs voient leurs grosses pierres tourner plusieurs fois sur elles-mêmes pendant la généalogie de la Messe de minuit.

A Gerponville (canton de Valmont), un mégalithe situé aux Clos-Blancs, hameau de Veauville, s'agite au fond de la fosse où il repose depuis des siècles et tourne trois fois sur lui-même.

Que si l'énorme pierre exécute ce mouvement, c'est sans endommager son beau manteau de lichens et de mousses, et sans fouler les ronces qui l'enveloppent. C'est du moins ce que j'ai constaté ; mais à Gerponville on croit au surnaturel et une pierre du bois voisin de celui du Pivallet préserve de la foudre (1).

Une autre pierre tournante est celle connue sous le nom de « Mademoiselle de Mallemains ». Elle est située au Boscgouet, commune du canton de Routot (Eure), sur le bord d'un bois voisin de celui du Perret et de la forêt de La Londe.

En cet endroit s'élève un tertre de peu de hauteur, légèrement incurvé en son milieu et qu'abritent des sapins. Au fond de la cavité une grosse pierre de deux mètres de longueur sur soixante-dix centimètres de largeur est couchée à terre. C'est là le mégalithe valseur qui tourne sur lui-même pendant la nuit de Noël. Mlle Amélie Bosquet, qui rapporte aussi cette légende, ajoute que les habitants du pays prétendent qu'un ancien propriétaire ayant enlevé la pierre de l'emplacement qu'elle occupe, à l'aide de trois cents chevaux, elle y revint elle-même de son propre mouvement la nuit suivante (2).

A une lieue à peine au-dessous de Caudebec, sur le territoire de Villequier et non loin du château de la Martinière, se voit une roche que le peuple désigne sous le nom du Pain Bénit. Cette roche ne se distingue des roches voisines que par sa forme conique un peu aplatie au sommet. Mais combien elle est vénérée dans toute la contrée. Ses flancs recèlent des trésors que gardent des monstres et des dames blanches ; et, chaque année, cette roche tourne sept fois sur elle-même pendant la gènéalogie de la Messe dé Minuit (3).

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