jeudi, 21 août 2008
Anatomie d'un Monstre par Olivier Pichon (dernière partie)
Les limites de la décentralisation
La décentralisation étant présentée comme la panacée, la nouvelle majorité UPF s'apprête à abroger une disposition de la loi Falloux qui interdisait le financement des écoles privées d'enseignement général par les collectivités locales au delà de 10%. En réalité, Falloux avait fait cette concession à Thiers qui redoutait de voir les établissements tomber sous la coupe des élus locaux.
Il faudrait pourtant, nous semble t il s'interroger d'abord sur les risques d'une décentralisation dont on connait mal les effets. Ainsi les États Unis et la Grande-Bretagne ont fait l'amère expérience d'une décentralisation pédagogique trop poussée et l'on sait que, depuis quelques années, les instances fédérales américaines ont repris en main un enseignement local en pleine déroute et que leurs représentants viennent chercher en Europe des modèles plus cohérents.
Certes, il est vrai que, face au gigantisme, la décentralisation a du bon. Du reste, en France, les bâtiments scolaires appartiennent déjà aux collectivités locales et on ne peut qu'approuver une telle initiative: nos cités ne voient elles pas enfin disparaître de leur horizon cette architecture misérabiliste que l'état entretenait si mal? Cependant, les élus locaux, auxquels incombe désormais la responsabilité « hôtelière » de l'éducation mais non celle de la pédagogie et enseignants éprouvent un sentiment de frustration.
Faut il donner raison à ces derniers et organiser des concours régionaux, au risque de reproduire au profit des président des Conseils régionaux la logique que redoutait Adolphe Thiers? Ou faut il aller plus loin enterrer définitivement Jules Ferry, comme le fait Philippe Némo qui préconise la promotion d'un enseignement concurrentiel de prestige?
Mais le jeu de la concurrence n'entrainerait il pas inévitablement la prolétarisation du corps enseignant qui pléthorique, n'est pas en état de s'imposer sur le marché?
Lui qui se dit tiers-mondiste déjà en recrutant certains de ses membres en Afrique du Nord ou en Afrique Noire
Pourtant alors même que la « déséducation » nationale s'étale plus que jamais sous nos yeux, la machine éducative, malgré ou à cause de son délabrement demeure un instrument de pouvoir.
Qui peut exclure que demain le système éducatif soit l'instrument de la reconquête nationale?
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Anatomie d'un Monstre par Olivier Pichon (5ème partie)
Le nouvel ordre éducatif mondial
Quant à la querelle autour de l'enseignement privé, elle est porteuse d'une signification éminemment politique, dans la mesure où commencée dans l'affrontement, elle se termine dans le consensus. En effet, ayant remporté, une bataille, certains défenseurs de l'enseignement privé refusèrent de gagner la guerre. Sans combattre, sans provoquer de manifestations de rue, l'école libre, va par le biais technique du voleur chinois, se trouver réduite de 1984 à1992 à sa spécificité. Sous le prétexte d'ailleurs fondé, de justice sociale à l'égard des enseignants, le pouvoir lui refuse, la maitrise de son recrutement, de ses programmes et de ses manuels. L'affaire se conclura avec la bénédiction de la hiérarchie catholique : en quelque sorte une manifestation de gallicanisme dont l'apogée sera l'accord Lang-Cloupet.
Que se passe t il donc au tournant des années 1985- 1986? A vrai dire, les socialistes accomplissent leur révolution culturelle cosmopolite, une révolution dans laquelle l'enseignement privé sera parti prenante sur le fond.
Si la gauche désormais rallié à l'économie de marché, a renoncer, à annexer le territoire de l'enseignement privé, elle aspire plus que jamais à mener à bien son entreprise de subversion culturelle dont le discours pédagogique est le vecteur privilégié. Un discours désormais commun aux deux enseignements: « projet d'établissement », « communauté éducative », « équipe éducative », le style néo-catholique façon dirigeant de l'APEL. Cette perestroïka linguistique traduit en réalité le passage au nouvel ordre éducatif mondial.
Alain Besançon, dans la préface du livre de Françoise Thom, « l'école des barbares », a bien montré que le discours de la pédagogie n'a pas de fondement scientifique et qu'en tant que tel, il est un corps étranger introduit dans la machine pour la faire éclater. Alternativement discours de pouvoir et de subversion, il enseigne la manière de pratiquer une enquête et l'inévitable « apprentissage de la vie en groupe ». Soviet pas tout à fait mort, surtout si cet apprentissage se fait désormais dans une société aux ambitions multiculturelles affichées et s'il est relayé et imposé par des instances telles que l'Unesco et le Conseil de L'Europe ou la Commission de Bruxelles.
École de Jules Ferry ou école de Chicago.
Alors même qu'il déploie ses nouveaux fastes idéologiques, le système se révèle de moins en moins capable de préparer les élèves à l'insertion professionnelle.
Dans le LEP (lycées d'enseignement professionnel), où 600 000 élèves sont censés apprendre un métier, 90% de l'orientation s'opère par l'échec à la fin de la classe de cinquième. L'orientation par l'échec débouche sur l'échec de l'orientation: 80% des élèves orientés vers l'enseignement professionnel ont redoublé au moins une fois, 20% de ceux qui entrent au CAP abandonnent avant la fin; 50% seulement des adolescents de CAP obtiennent le diplôme et 60% en BEP. Quant aux autres, ils ont suivi huit à dix années d'études en pure perte, à un coût exorbitant pour la collectivité, pour finir à l'ANPE.
Rejetés par les enseignants des autres corps, les professeurs de ces établissements se perçoivent au dires même de l'un d'entre eux, comme les « éboueurs de l'éducation ».
A vouloir à tout prix inculquer à la grande masse une culture conçue pour une élite, on met en place une sélection à l'envers, c'est à dire une machine à broyer les individus, provoquant ainsi un gachis humain qui ne peut former ni citoyens ni travailleurs.
A l'autre extrémité du système, c'est à dire au sommet, l'on sait toujours produire des élites par les mathématiques ou la dissertation, les classes préparatoires aux grandes écoles constituant en quelque sorte le laboratoire de ce mode de sélection. Des pratiques qui ne sont toutefois pas sans risques, dans la mesure où elles favorisent la formation d'oligarchies et donc l'esprit de caste.
10:02 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation nationale, éduquer, socialisme, monstre, communiste, lionel jospin, bayrou
mercredi, 20 août 2008
Anatomie d'un Monstre par Olivier Pichon (4ème partie)
Un doute méthodique
En arrivant au pouvoir Mitterrand nomme le secrétaire général de la FEN ministre du Temps Libre. Il y a de la dérision dans ce geste qui inaugure une longue période de déceptions pour les gros bataillons d'instituteurs et de professeurs. Commencée sous le signe des loisirs, la décennie se poursuit dans le doute.
Pourtant vue de l'extérieur, l'éducation nationale se présente comme un monde clos et protégé qui paraît indestructible. La sécurité de l'emploi y est en effet garantie pour le plus grand nombre et l'avancement s'y fait à l'ancienneté. De plus, les enseignants ont organisé leur protection et leur consommation à travers un réseau très étoffé de Mutuelles d'assurances (MAIF), de coopératives de consommation (Camif), de banques dont la capitale est Niort. Ce puissant réseau, constitué non sans talent, il y a quarante ans, cultive d'ailleurs une discrète par rapport à son environnement capitaliste.
Matériellement protégé au de la du nécessaire, aux yeux de l'opinion en tout cas, l'enseignant parait également intouchable dans sa fonction. Aucune autorité , pas plus celle du chef d'établissement qu'une autre n'a de prise sur lui. Pourtant comme la machine éducative ne peut pas échouer et que grâce à sa force d'inertie, elle continue sur sa lancée, ce sont les acteurs qui vivent l'échec au quotidien . On déprime en effet beaucoup dans ce métier, et ce d'autant plus que déçu par un pouvoir qu'il a appelé de ses voeux, l'enseignant est souvent confronté à la violence, au racket, injurié par les élèves et méprisé aussi bien par les parents qui gagnent plus que par l'immigré qui ne reconnaît aucune autorité au professeur.
Autre signe d'affaiblissement: au cours de la décennie quatre-vingt, le corps enseignant est touché à son tour par la désyndicalisation qui affecte déjà les salariés. Toutefois comme la FEN vit en symbiose avec l'éducation nationale, et qu'elle se nourrit de sa substance, le phénomène y connaitra un processus plus lent qu'ailleurs.
Et pour assister à l'explosion de la fédération des syndicats, pour voir se déchirer les tenants du SNIPEGC et ceux du SNES, il faudra attendre l'échec avéré de la Gauche en 1992, c'est à dire le moment où la loi Jospin réalisera l'un des projets les plus lourds de conséquences du plan Langevin- Wallon: la création d'un corps unique d'enseignants de la maternelle à la terminale!
13:58 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation nationale, éduquer, socialisme, monstre, communiste, lionel jospin, bayrou
Anatomie d'un Monstre par Olivier Pichon (3ème partie)
1984: les premières lézardes
En vingt cinq ans, le nombre des élèves du second degré a été multiplié par cinq: de 1950 à 1975, la population scolaire est passée de 1 à 5 millions. En 1950, 170 000 enfants se présentaient à l'entrée de la sixième; à l'entrée au pouvoir de Mitterrand au pouvoir, ils étaient 750 000. A la poussée des classes pleines de l'après guerre s'est ajoutée en effet une demande d'école qui n'a cessé de croitre: en 1950 30% d'une classe d'âge entrait en sixième, aujourd'hui c'est 100% des élèves qui y accepté.
Au début des années quatre-vingt, l'opinion publique éprouve déjà, et depuis longtemps une sourde irritation à l'égard du système éducation, mais le malaise n'est pas alors suffisamment fort pour ébranler la machine. Et en tout état de cause, le monstre demeure triomphant: sur de lui et dominateur. Chacun sait d'ailleurs le rôle qui fut le sien dans l'élection de Mitterrand, lequel une fois élus, pensa pour lui marquer sa gratitude, lui accorder le grand service public laïc unifié d'éducation nationale qu'il appelait de ses vœux. L'éducation nationale, pour continuer dans sa logique propre, ne devait elle pas accroître son monopole? Et elle doutait alors encore si peu d'elle même qu'elle prétendait étendre son empire à l'espace de liberté constitué par l'enseignement privé pour que l'édifice montre ses premières fissures.
Si le pluralisme scolaire faisait alors recette, cela ne tenait pas au fait que l'enseignement privé apparaissait toujours comme un modèle car nul n'ignore que les résultats du public son généralement supérieur à ceux obtenu dans le privé et la qualification des professeurs y est meilleure.
Si le pluralisme connut donc le succès que l'on sait, c'était essentiellement parce que la Loi Savary et aussi la loi Haby signifiaient le contraire du pluralisme: «En appliquant sa réforme à la rentré 1977, nous disent Hervé Hamon et Patrick Rotman, le ministre Haby dépose au fond des classes un cocktail qui va s'avérer détonant [...] bateau ivre, maison de fou, le collège unique n'a pas comme par miracle aboli la vertigineuse différence entre les élèves.»
13:01 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation nationale, éduquer, socialisme, monstre, communiste, lionel jospin, bayrou
Anatomie d'un Monstre par Olivier Pichon (2ème partie)
L'empire du Milieu
jusqu'au XVIII ème siècle, la France avait connu une grande diversité de modèles de formation: écoles de village, précepteurs, collège de jésuites ou des Frères des écoles chrétiennes etc.
En 1808, suivant en cela la convention qui n'avait pas eu le temps de mener à bien le projet. Napoléon créa par décret un corps qui, baptisé Université impériale, se vit attribuer l'exclusivité de l'enseignement et de l'éducation publique dans tout l'empire. Monopole qui sera renforcé par le décret du 15 novembre 1811. A son tour, loin d'abolir ce dernier, la monarchie censitaire devait par l'ordonnance du 5 juillet 1820, affirmer le droit de l'état sur l'enseignement. Malgré le combat pour la liberté de l'enseignement que menèrent des personnalités aussi remarquables que Montalembert, le compte de Falloux qui donna son nom à la loi sur le financement de l'école privée, et de Mgr Dupanloup pour l'enseignement supérieur, force est de constater que dans l'inconscient collectif des français, l'enseignement est considéré comme une affaire régalienne. Alors que le droit des parents, droit naturel préexiste à toute constitution d'état, l'idée que le système d'instruction d'un peuple relève de la liberté des contrats, au même titre par exemple que la production de charbon ou de blé, semble assez étrangère à nos mœurs.
Quoi qu'il en soit, notre système éducatif témoigne depuis cette époque, d'une grande continuité et cela en dépit des changements politiques. En dépit aussi des changements d'appellation: de 1871 à 1974 on n'en comptera pas moins de trente-deux allant d' « instruction publique » à « Culte et Beaux arts », pour aboutir, le 3 juin 1932 à « ministère de l'éducation nationale ».
Puis le 17 juin 1974 ironise Paul Guth, « la guillotine, que l'on laissait rouiller pour les assassins, fonctionna pour l'éducation. Le couperet envoya dans son panier l'étiquette Nationale ».
MM Haby et Giscard furent les exécuteurs des ses basses oeuvres.
A partir de 1947, le renforcement de la logique étatique rendit possible le passage à la seconde phase: celle de la conquête idéologique des jeunes esprits, idée centrale du Plan Langevin-Wallon.
Celui ci d'abord tenu sous le boisseau de la IV ème république, fut repris et entériné en 1959. C'est à cette date que la réforme Berthoin porta la scolarité à seize ans, au détriment de l'apprentissage. En proie à l'euphorie de la consommation de masse, la société française s'en remet alors à la logique de l'école de masse, aidée en cela par des gouvernements réputés de droite qui signent et resignent le Yalta de la culture et de l'école, abandonnant l'une et l'autre à la Gauche militante.
Sous prétexte d'étendre la culture et de lutter contre les inégalités, on commence par supprimer le barrage à l'entrée en sixième puis dès 1963, Christian Fouchet prépare les voies du collège unique que René Haby mettra en place en 1974.Toujours dans le même esprit, Alain Savary va s'employer à démanteler les doctorats; ensuite sera fixé l'objectif de 80% d'une classe d'âge titulaire d'un baccalauréat devenu en quelque sorte « un droit de l'homme »; enfin la réforme Jospin, du nom du principal artisan de l'ajustement du modèle français à la logique multiculturelle, viendra parachever cette oeuvre de destruction.
12:42 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation nationale, éduquer, socialisme, monstre, communiste, lionel jospin, bayrou
Anatomie d'un Monstre par Olivier Pichon (1ère partie)
Anatomie d'un monstre par Olivier Pichon
Depuis la révolution, le monstre « Éducation nationale » n'a cessé de se renforcer, devenant ainsi un redoutable instrument de domination idéologique dans les mais de ceux qui l'influencent ou le dirigent. En outre à partir de 1947, toutes les réformes de l'enseignement sont allées dans le même sens, c'est à dire dans la voie tracée par la commission Langevin-Wallon. La droite quant à elle, a poursuivi l'oeuvre de la gauche en faisant preuve, là comme ailleurs, d'une exceptionnelle connivence idéologique à son égard: elle a abandonné l'école comme la culture, à la gauche et aux féodalités syndicales qui l'administrent pour son compte.
L'éducation nationale est ainsi devenue un système bureaucratique clos sur lui même. Si aujourd'hui son échec de plus en plus patent lui a fait perdre de sa superbe, si le front syndical se lézarde irrémédiablement, si la déconcentration ébranle lentement la logique centralisatrice de l'institution, l'éducation nationale demeure, en raison de sa masse et de sa puissance d'inertie, un pouvoir avec lequel il faut compter. Même blessé, le monstre reste dangereux.
Avec 13,9 millions d'élèves, 1 200 00 enseignants et personnels, et près de 80 000 établissements, l'éducation nationale, premier budget de la nation, deuxième employeur du monde fait comme le défunt système soviétique, invariablement penser à un monstre.
Et pour traduire son impuissance et son archaïsme, c'est à la paléontologie qu'on emprunte, selon le degré de nuisance qu'on lui attribue, les termes de dinosaure ou de diplodocus.
Autant d'images non dépourvues de justesse, mais qui ne rendent pas totalement compte des forces qu'agitent aujourd'hui ce grand corps.
Si l'on poursuit plus loin la comparaison avec l'ex-géant de l'est, on s'aperçoit que le comportement adopté par Lionel Jospin et Jack Lang à l'égard du mastodonte ne fut pas sans rappeler celui de M. Gorbatchev qui caressait le rêve de faire fonctionner la machine communiste tout en tentant d'en réaliser les promesses les plus utopiques. Une démarche qui; on le sait précipita la ruine du système. Aussi le nouveau ministre François Bayrou, s'il entreprend de réformer l'éducation nationale, risque t il de se trouver confronté à un désordre effrayant que celui que le postcommuniste réservait à M. Eltsine.
Depuis des décennies en effet aucun ministre n'a pu déroger à la logique socialiste : l'éducation nationale, dépositaire une fois pour toutes de l'esprit démocratique,devait elle tenir compte de vaines majorités parlementaires? En réalité, chaque nouveau ministre a voulut imposer sa réforme, mais une réforme dont la logique consistait à essayer d'améliorer le fonctionnement du système sans jamais remettre celui ci en cause.
Cependant à la fin des années soixante-dix, les faiblesses du système devinrent si criantes que l'éducation nationale, sous la pression des esprits gagnés à la primauté de l'économie, dut procéder à un investissement éducatif.
L'effort demandé, pour étroitement utilitariste qu'en fut le but, contribua surtout à souligner les insurmontables contradictions du système. En outre, l'arrivée massive d'immigrés et la juxtaposition de dizaines de langues et de cultures dans une seule classe rendaient désormais impossible l'assimilation et faisaient exploser ce qui pouvait subsister de l'école de la citoyenneté, celle que dans un sursaut désespéré, M. Chevènement s'efforça vainement de proclamer entre 1984 et 1986.
11:53 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation nationale, éduquer, socialisme, monstre, communiste, lionel jospin, bayrou
La tradition sociale de la Droite par Pascla Gannat (dernière partie)
Une Authentique tradition sociale
néanmoins, ce rapide survol de la politique et de l'action sociale de la droite nationale prouve son originalité et l'ancienneté de son enracinement dans la vie de la société française. Les fondements même du droit social sont l'oeuvre de la droite nationale française, tout comme les prémices de la sociologie et de la réflexion sur les problèmes du travail. De toute évidence, la Gauche n'a rien fait de novateur dans ce domaine, ou s'est contenté d'adopter, avec des décennies de retard, des mesures proposées par la droite sociale. A titre de comparaison, Bismarck et ses successeurs avaient fait voter avec 1914, sous la pression du Zentrum Catholique de Monseigneur von Ketteler, les mesures du front populaire de 1936.
De toute évidence la doctrine corporatiste n'est plus formulable aujourd'hui. L'état instrument de la « fortune anonyme et vagabonde » selon la formule originale du duc d'Orléans au début de ce siècle, doit être séparé par de l'économie et de la société. Autrement dit, le danger réside autant, pour la survie nationale, dans une social démocratie qui nie les libertés que dans un faux libéralisme affectant de croire que la politique sociale ne peut se faire qu'au travers de l'Etat.
L'exigence sociale de la droite demeure. Certaines de ses idées furent mises en œuvre après 1945, ainsi la création du conseil économique et social, mais en ôtant à cette institution le rôle qu'avait voulu lui faire jouer les députés nationalistes de l'avant-guerre. Il en est de même de la participation réduite à des artifices de comptabilités sur les bénéfices.
En 1969, De Gaulle, dans son référendum de sortie, voulu créer un nouveau sénat qui aurait représenté à la fois les collectivités territoriales et les forces de l'économie et du travail, idée remontant à La Tour du Pin.
Fort heureusement le projet n'aboutit pas: il n'aurait fait que consacrer la mainmise institutionnelle de la Haute finance et du syndicalisme dévoyé sur la société française.
Pour n'avoir pas su choisir sa voie, le gaullisme restera un échec social. Les trente glorieuses auront vu en France le triomphe des technocraties étatique, oligarchique et syndicale, dans un épuisement des valeurs humaines, éthiques et esthétiques dont témoigne l'urbanisme de la V ème république, illustré aujourd'hui par le « rap », art du soubresaut et des graffiti, mais aussi expression du désespoir social.
Le groupe parlementaire du Front national a repris le flambeau entre 1986 et 1988 en axant son travail sur le logement et la politique familiale, particulièrement par la proposition du salaire Maternel .
Là encore, les libéraux et la Gauche opposèrent le « front républicain » à l'exigence de justice et de générosité qui fut celle des députés de la Droite Sociale.
Les recherche de certains penseurs économiques, tel Polanyi ou Alain Caillé, et les membres du MAUSS (mouvement anti utilitariste dans les sciences sociale) démontrent, dans les années soixante et quatre-vingt, la pertinence de la critique du réductionnisme économique et du critère unique du marché qu'avait déjà établie La Tour du Pin.
Il y a là une confirmation intellectuelle actuelle des analyses classiques de notre famille de pensée.
Plus que jamais, la droite nationale se doit de continuer sa tradition sociale. En redonnant par de nouvelles institutions la parole au peuple, elle permettra le maintien de son identité et de ses libertés, car le mot d'ordre de Frédéric Le Play garde sa valeur d'actualité:
« le syndicat libre, dans la profession organisée »
Nous en sommes loin.
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mardi, 19 août 2008
La tradition sociale de la Droite par Pascla Gannat (4ème partie)
Albert de Mun le « Jaurès de la droite »
Face à la république opportuniste, un homme incarna, l'exigence de justice sociale de la droite de 1876 à 1914 et fut considéré par ses contemporains comme le Jaurès de la droite. Élu en 1876 et 1878, deux fois invalidé et réélu en 1881, Albert de Mun mena durant trente ans un combat acharné pour la justice sociale, déposant des centaines de projets de loi sur le Salaire minimum, le repos Dominical, les caisses de retraite, maladie, vieillesse, toutes lois repoussées par la gauche française ce qui assura la montée électorale et syndicale constante du socialisme.
Ce travail parlementaire s'accompagnait de la création sous l'impulsion des élus et responsables de la droite catholique, de centaines d'associations, instituts, mutuelles particulièrement avec Hyacinthe de Gailhard Bancel (1848-1936) dans le secteur agricole (dont sont issus tout les organismes agricoles actuels, Crédits Agricole, MSA etc..). Une anecdote sur ce combat: en 1909, un député de Gauche, Decker-David fit tout pour faire voter une loi limitant les libertés des syndicats agricoles.
Avec l'apparition de l'action Française de Charles Maurras, les théories corporatistes de La Tour du Pin, devinrent la doctrine officielle de la droite française, après avoir été reprises en 1891, comme doctrine sociale de l'Église par Léon XIII. Sur le plan intellectuel, le maurrassisme ne fit que reprendre le corporatisme; par contre le mouvement royaliste manifesta une originalité certaine dans son action sur le plan social.
Ainsi Georges Valois tenta de réunifier le syndicalisme français à travers les cercles Proudhon. En 1913, il déclarait: « c'est aujourd'hui le nationalisme, qui porte les puissances de raison et de sentiment, qui présidera désormais aux transformations sociales . »
Mais la mainmise progressive du socialisme sur le monde du travail, du fait de l'incurie de la III ème république, rendit impossible ce projet.
Le Bloc National à partir de 1919 avec Gailhard Bancel et Xavier Vallat, déposa d'importants projets d'ordre social et professionnel. Après la victoire du cartel des gauches en 1924, ces hommes poursuivirent le combat législatif: en 1930 sur les assurances Sociales,en 1936 sur la création d'un conseil national économique, dont le rôle aurait été égal à celui des deux autres assembles, en 1937 sur le prêt aux ménages dont la dette serait effacée à la naissance du troisième enfant.
Tous ces projets furent rejetés par la Gauche
C'est le front populaire qui vota en 1936, les projets de lois défendus quarante ans plutôt par la droite Nationale française et obstinément repoussé jusqu'alors par les libéraux et la Gauche déjà unies par des intérêts réciproques.
L'effacement électoral de la droite nationale puis la victoire du front populaire consacrent dans les années 30 la disparition de la droite nationale des institutions. Mais elle garde son influence intellectuelle dans le domaine des questions sociales. Cela explique que des homme de gauche comme Belin (responsable CGT et membre de la SFIO) se retrouvent derrière le Maréchal de France Pétain lorsqu'il met en place des solutions corporatistes. De toute évidence l'exigence de justice sociale explique plus ce ralliement à la droite que la Collaboration.
Cependant cette expérience sociale, outre le fait de l'occupation allemande et de ses conséquences pour la droite Française en 1945 eut également le défaut d'être plus institutionnelle que libératrice. Cela s'explique certainement par la nécessités de l'économie de guerre, mais il n'en reste pas moins que le corporatisme de vichy consacra l'intervention dans le domaine économique et social de ceux qu'on appelait les techniciens, c'est à dire l'apparition de la Technocratie.
23:15 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : social, droite nationale, droite catholique, légitimiste, armand de melun, villeneuve bargemont
La tradition sociale de la Droite par Pascla Gannat (2ème et 3ème partie)
La droite à la pointe du Combat Social (2ème partie)
De ce substrat intellectuel est né le courant dit des « catholiques sociaux », dont les écrits et les réalisations ont plus marqué le XIX ème siècle que le socialisme en lui même. Chassés des responsabilités du pouvoir en 1830 au profit de la bourgeoisie orléaniste ralliée ensuite à l'empire puis opportunistes sous la III ème république, les légitimistes choisirent le terrain social comme démonstration de la justesse de leurs analyses politiques. C'est ainsi que le traditionalisme politique conduisit la droite catholique française au combat en faveur des travailleurs français et à l'élaboration d'une doctrine économique et sociale.
Deux précurseurs, Villeneuve Bargemont, préfet du nord et le docteur Villermé, dirigèrent à partir de 1828 deux enquêtes sur la situation des ouvriers en France, pour parvenir aux mêmes conclusions et proposer les mêmes solutions: urbanisme et logement social, développement de l'instruction (la révolution et l'empire ont détruit les écoles primaires), lutte contre l'alcoolisme, amélioration les conditions de travail et des salaires.
En 1841, Montalembert, rapporteur de la première loi sociale française, largement inspiré des travaux de Villeneuve Bargemont, fait voter son projet de protection et de limitation du travail des femmes malgré l'opposition de la Gauche.
Il faut noter que la première mutuelle fondée en France en 1827, fut interdite en 1830, par le gouvernement de juillet, comme trop à droite.
Autour de Villeneuve Bargemont se fédérèrent alors Armand et Anatole de Melun, Benoit d'Azy, Montalembert, Falloux, qui firent voter sous la monarchie du roi Bourgeois et sous le second empire, une série de lois sociales présentés à la Chambre par les légitimistes et arrachées au pouvoir en place, lois portant sur les logements insalubres, les caisses de retraite et de secours mutuel, les contrats d'apprentissage, la réinsertion des jeunes détenus. A côté de cette œuvre de législation considérable, il faut mentionner la création de multiples associations d'ordre social, particulièrement autour d'Armand de Melun, et qui vont de la première section de la Croix rouge Française à la formation des apprentis, en passant par la fondation de la Mutualité, regroupant 1 millions de membres en 1870 et encouragé par l'Empire. Celui ci autorise dans des limites très strictes mais ce sera après de retentissants procès entamés par la justice de Louis Philippe puis celle de Napoléon III contre les ouvriers de la Seine et les canuts de Lyon pour délits de coalition. Ils auront pour avocat Berryer, royaliste légitimiste, qui reprendra au cours de l'un de ces procès, la formule antilibérale du dominicain Lacordaire: « entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »
De la défaite de 1870 naître la dernière tentative restauration monarchique, En 1865, le Comte de Chambord avait publié une « Lettre publique aux ouvriers » qui réclamait la liberté syndicale et le retour aux corporations, lesquelles devait selon lui, avoir leur place dans l'organisation politique de la nation. Ces idées novatrices firent plus dans le refus des libéraux-orléanistes d'accepter le retour de la monarchie en 1875.
Aux origines de la doctrine corporatiste. (3ème partie)
Ce combat fut mené en s'appuyant sur la renommée de deux théoriciens dont l'œuvre fit émerger la doctrine corporatiste, doctrine qui inspira la droite nationale Française jusqu'en 1945 voire au delà et influença la plupart des hommes et des régimes nationalistes du XX ème siècle.
Frédéric Le Play avait publié de 1855 à 1879 une enquête encyclopédique, « les ouvriers européens ». Ce travail , première somme sociologique jamais réalisée, mettait en valeur, l'importance des facteurs ethniques, moraux et religieux dans l'évolution de la société et montrait quelles nuisances sociales entrainaient le rousseauisme. Il insistait sur le rôle social du patronat et préconisait la liberté d'expression professionnelle.
René de La Tour du Pin élabora la doctrine corporatiste, non dans un sens passéiste, mais comme le refus du libéralisme dans lequel l'argent, par la loi de l'offre et de la demande, ravale l'individu et son travail au niveau de la machine, et comme le refus du collectivisme étatique dans lequel l'individu est écrasé et réduit au rang de bête.
Privilégiant la dimension communautaire, La Tour du Pin en arriva au corporatisme conçu non comme une simple organisation professionnelle, mais comme les collèges électoraux naturels et historique de la nation. La corporation n'est elle pas un élément de la démocratie réelle opposé à celle que prétend incarner de Panama à Dreyfus la III ème république.
La place manque ici pour présenter les analyses toujours actuelles de La Tour du Pin sur la valeur sociale du travail et de la propriété et l'élaboration d'une théorie du juste salaire et salaire familial.
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La tradition sociale de la Droite par Pascla Gannat (1ère partie)
La Tradition sociale de la Droite par Pascal Gannat
on tint généralement la gauche pour le seul courant doté d'une pensée sociale élaborée; Il s'agit là d'une légende née de la démarche qui a consisté à réduire la droite à sa seule composante libérale. Cette dernière en effet héritière du courant orléaniste et au pouvoir en France pendant de nombreuses années, est apparue beaucoup plus préoccupée par la défense des libertés économiques et la promotion du développement technique que par les inconvénients pouvant en résulter pour les hommes.
A cette « droite » affairiste et cosmopolite, représentée en grande partie aujourd'hui par le RPR et l'UDF, s'est toujours opposée une droite traditionaliste animée de la volonté d'améliorer le sort du peuple et de résoudre ses problèmes sociaux. La richesses des idées sociales émises au cours des deux derniers siècles par ses théoriciens est là pour en témoigner. N'est ce pas d'ailleurs pas en elles que l'on retrouve l'origine de bien des réformes que la gauche s'est attribuées?
La droite nationale a joué à de nombreuses reprises un rôle historique dans l'élaboration de la politique sociale de la France. C'est d'ailleurs ce que rappelait Bruno Gollnisch à l'assemblé nationale lors d'un débat sur le travail de nuit: « ce n'est pas la gauche anticléricale ou révolutionnaire qui s'occupa la première d'améliorer le sort des ouvriers.[...] Je comprends mes chers collègues de gauche, que cela vous gêne. Ce n'est pas l'histoire telle que vous souhaiteriez la faire enseigner dans nos écoles, mais c'est quand même l'histoire. »
Cette histoire et c'est là ce qui cause cette gêne dont parlait l'ancien député de Lyon a comme point de départ l'un des épisodes les plus sordides de la Révolution française, la loi Le Chapelier du 14 juin 1791, décrétant l'interdiction de toute association professionnelle « sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit ». Les articles 414 et 416 du code pénal, punissant le délit de coalition, complétèrent très vite ce bannissement du lien social naturel entre les travailleurs, les salariés ou employeurs. Ce que Renan décrira plus tard ainsi « En ne laissant debout qu'un géant, l'état, et vingt-cinq millions de nains, la Révolution a crée un monde de pygmées et de révoltés. »
Devenu leur doctrine officielle, le libéralisme permettra aux classes dirigeantes, au nom du droit certes légitimes de propriété de ne plus tenir compte des autres droits que requiert une vie sociale harmonieuse.
C'est de cette constatation, que naquit la tradition social de la droite française.
Il faut y ajouter l'œuvre intellectuelle de Joseph de Maistre, contempteur des principes de Quatre-Vingt-Neuf et qui le fit en soulignant le caractère abstrait de l'universalisme des droits de l'homme: « Je n'ai jamais rencontré un Homme mais des hommes. » et en rappelant qu'il y a pour chaque peuple un type de régime politique, selon son histoire, sa géographie, son destin historique et métaphysique.
Louis de Bonald en critiquant « l'avènement politique du commerce et de l'industrie » au détriment des élites réelles de la France, renforcera, dans la droite française légitimiste et catholique, l'idée que l'ordre nouveau issu de la révolution est à la fois anti-naturel, anti-national et donc anti-social.
source: Revue d'études nationales "identité"
22:18 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : social, droite nationale, droite catholique, légitimiste, armand de melun, villeneuve bargemont



