vendredi, 03 juillet 2009
On est les champions du gaspillage et on entend le rester
source:l'insolent de Jean-Gilles Malliarakis
Le 23 juin, sur la radio d'État, M. Dominique Seux (1) analysait avec beaucoup de doigté, les propos du président de la république, tenus la veille devant le Congrès. Il remarquait d'abord ce qu'il appelle la "belle plume d'Henri Guaino", comme s'il se fût agi d'un Chateaubriand acceptant enfin de prêter son talent au pouvoir. Gravement imméritée, cette flatterie dissimulait un coup de Jarnac : il fut brillamment assené.
Tout d'abord le rédacteur en chef des Échos faisait remarquer que le modèle français dont on se gargarise mérite examen. Or, il ne vaut guère le détour. Sorti de Paris, des grandes villes, et de leurs banlieues si attirantes, personne ne semble vraiment admiratif.
Il est vrai qu'on lit les choses les plus étonnantes pour qualifier cette réglementation économique et sociale tatillonne qui taxe si impitoyablement le travail français, étouffant la libre entreprise. Tel hebdomadaire, classé à droite, fait dire à Mme Marie-Anne Montchamp, député UMP et rapporteur du budget de la sécurité sociale à l'Assemblée nationale, à propos du déficit de ce système : "il faut sortir du cadre ultra-libéral qui prévaut" selon elle, ou plutôt selon son interlocuteur (2).
Ce que M. Seux souligne avec pertinence va exactement à l'inverse de cette analyse et au rebours de la partie économique du propos présidentiel du 22 juin. Il remarque que notre modèle hexagonal génère, depuis des années, un taux d'emploi très faible et des finances publiques particulièrement dégradées.
Or, en relisant le propos de référence on se demande en fait si ces deux conséquences, loin de constituer de simples dommages collatéraux, ne correspondent pas tout simplement aux buts recherchés.
Le désir d'inactivité des Français pourrait dès lors s'expliquer par goût de l'oisiveté. Tout simplement. Finis les sales boulots : on les laisse aux immigrés. Et "place aux jeunes", les vieux ont mieux à faire que de continuer à trimer. On verra bien les conséquences plus tard. Et d'ailleurs les générations montantes commencent à les entrevoir effectivement.
Mais nos responsables politiques ont reçu 5 sur 5 un autre message. À vrai dire il courrait depuis plusieurs années : on recherchera aussi désormais le gaspillage pour le gaspillage, et le déficit pour le déficit. Ce "bon", que dis-je ce "bon", cet excellent déficit qui "finance" l'avenir. Un progrès considérable de l'esprit humain n'a-t-il pas aboli en 1867 la prison pour dettes ? Encore une grande conquête bonapartiste.
Lorsque le plan Juppé, claironné en 1995, annonça la mise en place de l'aberrante CADES, supposée financer la dette sociale, je me risquai dans Le Légitime, organe du CDCA à une ironique hypothèse, vaguement orwellienne. J'imaginai sans trop y croire, l'apparition d'un concept fou de "dette ferroviaire".
Eh bien peu de temps après, et juste avant de se voir balayer par les électeurs en 1997, ce gouvernement mit effectivement en place le dispositif qui me semblait incroyable. Il profita de la séparation des infrastructures, attribuées à RFF créé pour la circonstance, et de la gestion maintenue à la SNCF, société "nationale" inventée en 1937 par le gouvernement Chautemps.
Et pour permettre à la technostructure du monopole historique, actuellement pilotée par M. Pépy, de continuer à jouer aux trains électriques, tout en dégradant son propre service, et à commander des belles locomotives à Alsthom, on imagina de faire peser le handicap des déficits cumulés de l'exploitation, constituant la "dette ferroviaire", à l'entreprise chargée de développer les lignes et de financer leur entretien.
Mais qu'importe n'est-ce pas ? Quand on aime, on ne compte pas. Et comme tout Français normalement constitué adore le chemin de fer, le contribuable a le devoir d'en couvrir les erreurs de gestion.
Et puis la crise permet toutes les folies interventionnistes. On a ainsi choisi d'aménager le prolongement du TGV Paris-Marseille jusqu'à Nice en passant par Toulon. Il est probable que cette ligne coûtera entre 15 et 20 milliards d'euros. Du pur délire, mais le tracé choisi, à défaut de rentabilité, correspond aux aspirations écologiques, au Grenelle de l'environnement, etc. On fera réaliser Paris-Nice en train en 3 h 50. Comme toutes les liaisons ferroviaires de plus de 3 heures, elle coûtera plus cher que l'avion, et durera plus longtemps pour un trajet moyen porte à porte. Aucun intérêt véritable.
Le contribuable payera la différence. Comme d'habitude. Modèle français oblige. On ne va tout de même pas laisser le festival de Cannes orphelin du TGV.
Vous dites que l'Europe pourrait bien ne pas trouver normal, à la fin de la crise qu'un pays fondateur crève ses plafonds d'endettement, de déficit, etc. Qu'importe l'Europe, à 7 % de Produit intérieur brut de déficit, 40% du budget de l'État, "on est les champions", et "on" entend bien le rester.
Apostilles
- Dans sa Chronique économique sur France Inter à 7h22.
- Cet entretien franchement consternant à été publié par Minute le 1er juillet 2009. À dire vrai la citation qui sert de titre à l'article, tout en nous laissant rêveur, "ennoblit" plutôt le discours. Les propos de cette élue du Val-de-Marne relèvent d'un handicap mental tel qu'on en rencontre rarement dans le plus affligeant des cafés du Commerce. Nous n'osons pas les reproduire ici par respect de nos lecteurs.
JG Malliarakis
10:14 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, gaspillage, argent public, travil, impôt, finances publiques, sncf |
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