jeudi, 29 octobre 2009
Les Mégalithes tournants par Léon de Vesly
C'est aujourd'hui la veillée de Noël. De tous les clochers de la ville s'échappent de joyeux carillons, et de ma fenêtre j'aperçois les vitraux de Saint-Ouen s'éclairer. Les mailles des plombs sertissent de noir les auréoles des saints et les robes des lévites. Les feux du gaz font flamber la rosace que traça le compas de Berneval, tandis que d'une haute cheminée s'échappe la fumée du calorifère étendant sa lèpre noirâtre sur les moines, les évêques et sur tout ce peuple de statues fixé au sommet des pinacles par le génie de nos pères.
Adieu, saints prélats, dont le givre recouvrait les dalmatiques et festonnait les ornements des mitres : la suie recouvre maintenant vos manteaux; et vous, gargouilles à la gueule béante, désormais vous ne lancerez plus que les résidus de la houille.
Remisée aux vieux clichés, la lueur pâle et tremblante des cierges. Déposés dans les musées, les chauffemains de nos aïeules, chefs-d'oeuvre de nos faïenciers rouennais. Le gaz, l'électricité, le calorifère vous ont remplacés, et les poètes seuls pourront encore évoquer vos images troublantes.....
Pendant que je laissais ainsi errer ma pensée, la foule des fidèles se rendait à la vieille abbatiale pour redire le « Gloria », ce chant d'allégresse qu'entonnèrent les anges, il y a près de 2,000 ans, aux cieux de Bethléem, car seule la liturgie conserve les vieilles traditions, quoiqu'elles se modifient chaque jour au contact de la musique profane.
Et, cependant, comme ils étaient beaux en leur simple et lente mélopée ces chants religieux, ces Noëls naïfs qui bercèrent et réjouirent nos aïeux. Un poète, Maurice Bouchor et de patients érudits, MM. Christophe Allard et Noury, s'efforcent de les recueillir pour nous faire goûter le charme de leur poésie et la saveur de leur rusticité.
Et ces vieilles légendes contées sous la vaste cheminée pendant que la bûche de Noël crépitait dans l'âtre, elles ne sont pas complètement oubliées. Hâtons-nous donc de les recueillir pendant qu'il en est temps encore.
Le narrateur est devenu vieux, il a bien la tête branlante et le récit un peu languissant, mais les superstitions, quoique altérées, sont encore conservées par les populations des villages, ignorantes des inventions de la science moderne.
Noël est non seulement, pour le peuple, la nuit où naquit l'Enfant-Dieu, c'est aussi celle où parut dans les cieux l'étoile miraculeuse : l'astre des mages chaldéens.
Est-ce un lointain souvenir de l'enseignement des druides, ces prêtres astrologues qui célébraient le solstice d'hiver ? Est-ce un souvenir plus lointain encore ? - Je ne saurais préciser, mais ce que je sais, c'est que j'ai retrouvé dans plusieurs légendes la trace de pratiques astrologiques. Et cependant le peuple ignore les pyramides à étages et les tablettes d'argile chargées de caractères cunéiformes ; mais comme il est logique, il reconnaît dans les mages, les pères de l'astrologie. Avec son bon sens, il les revoit, les yeux fixés tour à tour sur des lignes cabalistiques et sur la voûte du firmament, où, les premiers, ils découvrent l'astre qui doit guider rois et bergers vers l'étable où est né Jésus.
Aussi, dans cette nuit de Noël, tout prend un air de mystère, voire même de sorcellerie. Les roches qui bordent notre beau fleuve, les monuments mégalithiques qui se dressent encore au milieu des champs voient leurs grosses pierres tourner plusieurs fois sur elles-mêmes pendant la généalogie de la Messe de minuit.
A Gerponville (canton de Valmont), un mégalithe situé aux Clos-Blancs, hameau de Veauville, s'agite au fond de la fosse où il repose depuis des siècles et tourne trois fois sur lui-même.
Que si l'énorme pierre exécute ce mouvement, c'est sans endommager son beau manteau de lichens et de mousses, et sans fouler les ronces qui l'enveloppent. C'est du moins ce que j'ai constaté ; mais à Gerponville on croit au surnaturel et une pierre du bois voisin de celui du Pivallet préserve de la foudre (1).
Une autre pierre tournante est celle connue sous le nom de « Mademoiselle de Mallemains ». Elle est située au Boscgouet, commune du canton de Routot (Eure), sur le bord d'un bois voisin de celui du Perret et de la forêt de La Londe.
En cet endroit s'élève un tertre de peu de hauteur, légèrement incurvé en son milieu et qu'abritent des sapins. Au fond de la cavité une grosse pierre de deux mètres de longueur sur soixante-dix centimètres de largeur est couchée à terre. C'est là le mégalithe valseur qui tourne sur lui-même pendant la nuit de Noël. Mlle Amélie Bosquet, qui rapporte aussi cette légende, ajoute que les habitants du pays prétendent qu'un ancien propriétaire ayant enlevé la pierre de l'emplacement qu'elle occupe, à l'aide de trois cents chevaux, elle y revint elle-même de son propre mouvement la nuit suivante (2).
A une lieue à peine au-dessous de Caudebec, sur le territoire de Villequier et non loin du château de la Martinière, se voit une roche que le peuple désigne sous le nom du Pain Bénit. Cette roche ne se distingue des roches voisines que par sa forme conique un peu aplatie au sommet. Mais combien elle est vénérée dans toute la contrée. Ses flancs recèlent des trésors que gardent des monstres et des dames blanches ; et, chaque année, cette roche tourne sept fois sur elle-même pendant la gènéalogie de la Messe dé Minuit (3).
Si vous avez apprécié cet article, s'il vous plait, prenez le temps de laisser un commentaire ou de souscrire au flux afin de recevoir les futurs articles directement dans votre lecteur de flux.
10:11 Publié dans Langues Normandes et légendes normandes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mégalithe, celtique, légende, normandie, norman, léon de vesly |
Facebook
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.






























Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://jeunessespatriotiques27.hautetfort.com/trackback/1879128
Ecrire un commentaire