dimanche, 12 juillet 2009
Symboles et mythologie celtique
Article de Marc
Alphabet
Nommé aussi, Coelbren y berdd, c'est-à-dire signe des bois ou Alphabet des arbres en langue galloise,l’alphabet des arbres est composé de 13 consonnes et de 5 voyelles ( de même que l’alphabet grec dit de Cadmos). Chaque lettre est l’initial du nom d’un arbre Selon Roderick o Flaherty dans l’Ogygie, ces lettre/arbres se seraient transmise oralement pendant de nombreux siècle, les druides s’en servant encore, dans un passé proche de nous pour des pratiques divinatoires. Robert Graves souligne que l’alphabet irlandais moderne, où chaque lettre est aussi l’initiale d’un nom d’arbre, a conservé l’ordre ancien à l’exception de T (devenu ajonc), A devenu orme, et o devenu genêt. On peut observer que si chaque consonne correspond à un mois lunaire de 28 jours, les cinq voyelles concernent plus particulièrement des saison ou moment intégrés dans le mos déjà cités.
Treize est le nombre des lunaisons annuelles et quinze celui de la déesse Lune, c’est pourquoi toutes les deux sont honorées. Pour que ces cultes soient présent dans l’alphabet annuel, deux arbres sont rajoutés et se partage un mois. On peut ainsi que l’épine Noire (ou prunellier) cohabite avec le saule, et qu’ils ont un rôle très voisin dans les pratiques magiques (ils entrent dans la confection du balai de sorcière), tandis que le pommier sauvage et voisin du Noisetier. Tous arbres dont on cueilles les fruit au même moment.
Dans la liste qui suit les nombres correspondants aux arbres lettres.
Consonnes
Beth : B : Bouleau (5)
Luis : L : sorbier (14)
Nion : N : frêne (13)
Feran : F : Aulne (8)
Saille : S : Saule
Straif : Z : Epine noire (prunellier) (16)
Uath : H : Aubépine (sans valeur, mois de purification)
Duir : D : Chêne (12)
Tinne : H : Houx (11)
Col : C : Noisetier
Quert : Q : Pommier sauvage (9)
Muin : M : Vigne (6)
Gort : G : Lierre (10)
Pethboc : P (ng) : Hièble (7)
Ruis : R : Surreau (15)
Voyelles
Ailm : A : Epicéa : Nouvel an (1)
Onn : O : Ajonc : Printemps (4)
Ur : U : Bruyère : Eté (5)
Eadda : E : Peuplier Blanc : automne (2)
Idho : I : If : hiver (3)
Fêtes celtes
Printemps : 1er Février : Imbloc (lustration)
Eté : 1er mai : Beltaine (feu de bel)
Automne : 1er août ; Lugnasad (assemblée de Lug)
Hiver : 1er novembre : Samain (Réunion)
Dahut (connue également sous les noms de Dahud et d'Ahès) est, dans la légende de la ville d'Ys, la fille du roi Gradlon. Elle avait, disait-on, pour amants les 7 péchés capitaux. Elle construisit un château au-dessus du fleuve argenté de la forêt de Huelgoat, dans lequel un prétendant différent était invité chaque nuit. On lui donnait un masque noir pour qu'il ne puisse reconnaître le visage de la maîtresse des lieux. Alors l'orgie commençait. À la fin d'une très agréable soirée, des lutins embusqués arrachaient le masque et étranglaient le malheureux, puis Dahut faisait jeter le corps dans les cavernes de la forêt alentour.
Dahut fut noyée pendant la disparition de la ville d'Ys, jetée hors de la selle de la monture de son père à Poul Dahud, le « trou de Dahud », maintenant francisé en Pouldavid. Un rocher y porte la marque du sabot du cheval. Dahut survit néanmoins dans l'autre monde :
« Gwelas-te morvec'h, pesketour,
O kriba he bleo melen aour
Dre an heol splann, e ribl an dour ?
Gwelout a ris ar morvec'h venn
M'he c'hlevis o kana zoken
Klemvanus tonn ha kanaouenn. »
« As-tu vu, pêcheur, la fille de la mer,
Peignant ses cheveux blonds dorés
Au soleil sur le bord de l'eau ?
J'ai vu la blanche fille de la mer ;
Je l'ai même entendue chanter :
Plaintifs étaient l'air et la chanson. »
Cernunnos
Cernunnos signifierait le « Cornu ». De fait, il est systématiquement orné de bois de cerf. On en a retrouvé une représentation similaire (le personnage en question ayant cependant des cornes de bovins) sur un sceau de la civilisation de l'Indus (personnage à cornes, assis en tailleur, entouré d'animaux).
Aucun mythe, aucune légende n'a été conservé sur ce personnage: on en est donc réduit à des conjectures faite à partir de son iconographie pour comprendre sa place dans le panthéon gallo-romain. Son nom est attesté par quatre inscriptions: la plus célèbre est celle du pilier des Nautes de Paris. Une autre, souvent considéré comme fausse, vient de Polenza en Italie. Une troisième, une tablette de cire découverte en Roumanie, atteste de son assimilation à Jupiter et qu'on lui a consacré un collège funéraire. Enfin la plus ancienne, en langue gauloise, donne la forme Karnonos.
L'iconographie, elle, comporte un dossier d'une soixantaine de représentations. Parfois des torques sont acrochés à ses bois; il est assis en tailleur, à la manière "bouddhique". Il tient un sac de pièces qu’il répand ou un panier plein de nourritures, deux représentations de l’abondance. Il est parfois tricéphale ou a trois visages. On pourrait l'interpréter comme dieu des morts et de la richesse, mais cela reste conjectural. Les bois peuvent symboliser la puissance fécondante et les renouvellements cycliques, ils repoussent pendant la saison claire de l’année celtique ; il est parfois entouré d’animaux, ce qui en ferait un Maître du règne animal. Le serpent à tête de bélier lui est associé.
Il est notamment représenté sur le Chaudron de Gundestrup (récipient cultuel datant du IIe siècle av. J.-C.) et sur le Pilier des Nautes de Lutèce (monument élevé par la corporation des Nautes, sous le règne de Tibère 14-37 apr. J.C.)
Lug le dieu à La Lance
La plupart des peuples indo-européens connaissent un grand dieu du ciel issu du *Dyeus originel (grec Zeus).Or, une des particularités des Celtes c’est l’absence complète de ce dieu, alors qu’en revanche le mot qui en est issu et qui signifie « un dieu », devos, est présent. Mais si le nom ne se retrouve pas, cela ne signifie pas pour autant que ce dieu n’existe pas. Ainsi chez les Slaves, on constate le même phénomène avec un dieu du ciel du nom de Svarog, analogue au mot sanscrit svarga, « ciel ». Les Celtes connaissaient donc un grand dieu du ciel, et le seul crédible dans ce rôle est Lugus, dieu celte de la lumière. En somme Lug « le lumineux » était probablement au départ une épiclèse du dieu céleste indo-européen, une forme probable i.e *Leukyos. C’est ce dieu que je vais maintenant étudier plus précisément.
Le dieu Lug se retrouve dans l’ensemble du monde celtique ; il est Lugos chez les Gaulois, Lugh chez les Irlandais, Lleu chez les Gallois, et sa représentation est partout identique. Il est barbu, comme Jupiter, et son sceptre, plus précisément une lance, peut envoyer la foudre. Il a surtout donné son nom à de très nombreuses villes occidentales. Lugo et Leoñ en Espagne, Loudun et Lyon en France, Leipzig en Allemagne (car les Celtes dominèrent un temps les Germains, ce que les Romains ne purent jamais faire) comme Londres en Grande-Bretagne, dérivent toutes de Lugudunon, « la cité du dieu Lugus ». Tout cela prouve son importance dans le panthéon celte.
Son épouse et parèdre était probablement la grande déesse celte de l’aurore, de l’intelligence et des techniques, Brigantia en Gaule, Brighid chez les Irlandais et les Gallois, celle que César appellera du nom romain de « Minerve ».
Une particularité de Lug c’est de ne pas être qu’un dieu céleste et souverain ; les Celtes l’appelaient le « polytechnicien » et c’est pourquoi les Romains, au lieu d’y voir un Jupiter, préférèrent y reconnaître Mercure, dont César dit qu’il était le dieu le plus honoré. L’empereur Auguste vit en Lug non seulement la figure de Mercure mais y vit aussi Apollon en tant que dieu de la lumière ; il semble qu’Auguste avait le plus profond respect pour ce dieu celte. Les Irlandais aussi avaient fait de Lugh le roi de leur panthéon, et le mythe du roi Arthur en est probablement issu.
En effet, le symbole sacré de Lug est sa lance de combat mais qui peut aussi foudroyer. Or un mythe semble montrer en Lugh le dieu qui « se sacrifie à lui-même » afin d’acquérir la sagesse universelle. Il se serait transpercé et son sang aurait été recueilli dans une coupe (le futur Graal) ou plutôt dans un chaudron, celui de la régénération infinie du dieu Dagda, « le bon dieu », probablement un autre nom de Lug, du moins à l’origine. Les Chrétiens durent reconnaître le sacrifice de leur prophète dans celui de Lug, d’où l’idée de la coupe de Joseph d’Arimathie recueillant le sang du Christ, qui est une idée purement celte et aucunement orientale. Ce mythe rapproche également Lug du dieu germanique Wotan/Odhinn. Symboles et mythe sont en effet similaires. Lug comme Wotan sont des dieux porteurs de lance (celle de Wotan est « Gungnir » mais le nom de celle de Lug nous est inconnu), tous deux sont accompagnés de deux loups, ce qui s’explique probablement par la ressemblance indo-européenne entre *leuks, « la lumière », base du nom de Lug, et *lukwos (ou *wlkwos), « le loup ». Lug est également, comme Wotan, un dieu des corbeaux, comme le mythe de la fondation de Lyon par un corbeau noir le montre clairement. Et en ce sens on peut dire que Lug est aussi un dieu guerrier et même un dieu des morts. C’est fort vraisemblablement lui qui doit se cacher derrière le nom gaulois divin de toutatis, « le père de la tribu ».
On peut donc constater que le dieu céleste des Celtes, Lug, est assez différent des autres dieux célestes indo-européens. Le seul qui lui ressemblât vraiment est Wotan, ce qui s’explique assez logiquement par le fait que Wotan, dont le nom signifie « le furieux », s’est emparé des fonctions célestes du vieux dieu germanique Tius, connu chez les Scandinaves sous le nom de Tyr. Mais que sa place dans le panthéon est fondamentale. Taranis apporte la foudre destructrice et la mort des ennemis mais Lug apporte la lumière du ciel et de l’esprit et combat les ténèbres. Une expression issue d’un roman moderne sur le mythe arthurien, « Pendragon », de Stephen Lawhead, me revient à l’esprit. Le roi Uther Pendragon, le père d’Arthur, s’exclame : « Par Lleu (Lug) et Zeus ». Intuitivement, le romancier avait bien cerné la figure de ce dieu et soulignait aussi son importance. Le « génie » de Patrick, initiateur de l’évangélisation de l’Irlande, fut de mettre sur un même plan mythique Jésus et Lug, afin de faciliter la conversion.
Si Taranis défend avec énergie notre corps, Lug protège notre âme.
Taranis
L’écrivain latin Lucain, dans son ouvrage « La Pharsale », parle lorsqu’il évoque la religion gauloise, d’une triade composée de trois divinités, Esus, Taranis et Teutates. Ce nom de Taranis se retrouve à plusieurs reprises dans les inscriptions retrouvées en Gaule sous des formes relativement variées, Tanarus, Taranucnus, Taranucus, Taranuos ou encore Taranus. Selon Xavier Delamarre, dans son « Dictionnaire de la langue gauloise », la forme véritable du nom de ce dieu serait Taranus, mais parce que ce nom de Taranis est bien plus connu, nous maintiendrons cette forme. On retrouve le dieu Taranis aussi bien en Bretagne romaine qu’en Gaule et il correspond exactement au dieu gallois (et probablement irlandais) Taran et au dieu écossais Taranaich.
Le nom de Taranis dérive, comme celui du dieu germanique Donar/Thor et du dieu hittite Tahrun, de la racine indo-européenne *ten- qui a le sens de « tonner, gronder ». La fonction orageuse apparaît clairement dès l’origine donc, ce qui explique pourquoi les Romains l’ont assimilé très naturellement à leur Jupiter, lui-aussi dieu de l’orage et de la foudre. Mais Taranis est également un dieu du ciel, d’où son association au symbole de la roue, symbole solaire par excellence mais aussi symbole de l’orage. Enfin, et c’est sans doute sa fonction la plus importante, Taranis est le dieu de la guerre. Certes il existe d’autres divinités guerrières chez les Gaulois, comme par exemple Camulos, dieu que l’on retrouve aussi bien en Gaule qu’en Bretagne. Mais en vérité, comme chez les Germains, aucune divinité n’est totalement absente de la fonction guerrière. Ainsi le dieu suprême Lugus, le Lug irlandais, comme le dieu Ogmios, agissent aussi en guerriers.
Taranis apparaît en premier lieu comme un dieu orageux par son association avec le chêne, avec le taureau et avec le swastika, tous symboles de l’orage. Mais il est aussi dieu guerrier puisqu’un certain nombre d’animaux comme le loup, le coq ou encore le cheval lui sont associés et que ces animaux sont toujours en relation avec le dieu guerrier. Ses deux fonctions du dieu apparaissent aussi dans ses armes sacrées. Car Taranis est un dieu au marteau, comme Thor, mais aussi un dieu à l’épée, comme Mars. Enfin Taranis prend parfois la fonction de roi des dieux, d’où le nom de sa parèdre, Rigani, « la Reine ». Contrairement au panthéon gréco-romain, très structuré, le panthéon gaulois apparaît plus chaotique. Selon les tribus, c’est l’une ou l’autre des divinités qui passe au premier plan. Teutates ainsi semble bien n’être qu’un titre, celui de « père de la tribu », titre associé à n’importe quelle divinité. Lugus devait être le « teutates » de Lyon par exemple.
Bien que nous ne disposions que d’une documentation fort réduite, deux mythes concernant Taranis semblent transparaître. Le premier mythe est celui du combat entre le héros Smertrios opposé au loup de Taranis et qui aboutira à la défaite de ce dernier. Le second mythe est celui, classique dans le monde indo-européen, entre le dieu de l’orage, à savoir Taranis, et un dragon destructeur qui est, en Gaule, Tarascus, la fameuse Tarasque médiévale. La christianisation de la Gaule a transformé ce mythe en celui du fameux combat entre Saint-Georges et le dragon.
Taranis était honoré dans toute la Gaule bien que son culte paraît plus important dans le Nord et l’Est. Il était le grand dieu des Carnutes et Orléans comme Chartres possédaient très vraisemblablement des sanctuaires qui lui étaient consacrés. Il est même probable que la cathédrale de Chartres fut construite sur un tel sanctuaire. Saint-Denis, près de Lutèce, là où les rois de France sont enterrés, était de même un sanctuaire de Taranis. En Alsace et en Lorraine, son culte était prédominent. Le couple Taranis-Rigani était honoré à Strasbourg (Argentorate) et à Metz. Son culte était également fondamental chez les Lémoviques (Limoges) où il disposait de plusieurs hauts lieux.
Chose plus amusante encore, la ville de Jeanne d’Arc, Domrémy, était également un sanctuaire consacré à Taranis et le chêne sâcré sous lequel Jeanne entendit les paroles de Dieu était très probablement celui du sanctuaire. D’ailleurs l’importance du chêne en France médiévale semble bien être le maintien d’une tradition druidique liée au culte de Taranis. Saint-Louis ne rendait-il pas ses jugements royaux sous un chêne ?
L’origine véritable du dieu Taranis est à rechercher dans la mythologie indo-européenne. Celui-ci correspond au dieu indo-européen de l’orage et de la guerre, le dieu de la deuxième fonction au sens dumézilien du terme. Il est donc l’équivalent du Thor scandinave mais aussi du dieu slave Perun, du dieu lituanien Perkunas, du Perendi albanais, comme de l’Indra védique, du Mars romain et de l’Arès grec. Chez certains peuples, ce dieu n’a plus conservé que la fonction guerrière, comme à Rome et en Grèce où cette fonction est passée au dieu du ciel (Zeus/Jupiter). Chez d’autres, il n’a conservé que la fonction orageuse, comme chez les Germains. Mais très souvent il s’est substitué au dieu du ciel pour ce qui est de la royauté divine. Indra, Perun comme Taranis sont rois des dieux, ce au détriment du dieu céleste. Chez les Celtes, Lug est le dieu du ciel mais c’est pourtant Taranis qui est roi. Il est intéressant toutefois de noter que si Taranis est premier des dieux en Gaule, son rôle chez les Gallois est on ne peut plus modeste et en Irlande il a quasiment disparu, ce au profit de Lug et d’un dieu proprement irlandais, Dagda, « le bon dieu », qui semble avoir récupéré certaines fonctions de Taranis.
Le culte de Taranis a disparu de Gaule non lors de l’interdiction, théorique car probablement jamais appliquée, du druidisme sous l’empereur Claude, mais lors de la christianisation qui débuta au IVème siècle avec Saint-Martin mais n’aboutira véritablement que plusieurs siècles après. Indéboulonnable, l’Eglise dut se résoudre à le christianiser superficiellement en faisant de lui Saint-Georges, le tueur de dragon, de même que Saint-Michel se substitua au dieu Belenos. Des fêtes maintinrent cependant la vieille mythologie. Ainsi à Metz on fêtait la défaite du Graouilly, dragon sensé personnifier le paganisme vaincu mais en réalité variante locale de l’ennemi de Taranis.
Taranis fut mais demeure le protecteur de la Gaule. L’association de Jeanne d’Arc avec ce dieu en serait alors une nouvelle illustration. Jeanne aurait été le bras de Taranis, qui l’aurait chargé de libérer la Gaule du joug ennemi. Et la décadence de notre pays ne viendrait-elle pas alors de l’abandon de ce dieu ? De tous les dieux gaulois, même les plus importants comme Belenos, Nodens, Lug et Cernunnos, Taranis apparaît bien comme le plus noble.
12:32 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indo-européen, celte, celtique, alphabet, lug, taranis, fêtes celtes |
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