samedi, 14 février 2009

le Pont de Vernon le 14 octobre 1870

Le 14 octobre à 20 heures ... Faites sauter le Pont!

Par Thibault

 

Le 19 mai 1861, la petite ville de Vernon sur Seine est en fête: on inaugure le pont! Un pont, enfin, un vrai! C'en est bien fini de cette vieille passerelle branlante minée par les siècles, de ces arches de bois rongé que la moindre crue emportait! Un pont, un vrai pont de pierre (de Vernon, bien sur) et de brique! Si la pierre symbolique, la première avait été posée en août 1859 en présence du premier magistrat - le fils du Maréchal Suchet- l'entrepreneur, M. Garnuchot avait commencé les travaux dès les premiers mois de l'année et ils les avait rondement mens. La ville pouvait être fière de lui. On donnera d'ailleurs son nom à un quai de Seine.

 

Bref, voici un ouvrage d'art qui est promis au plus bel avenir. Hélas non! Dix années se sont à peine écoulées que la municipalité apprend qu'il faut miner le chef d'œuvre pour pouvoir, éventuellement, le détruire. Un cas de force majeure: on est en 1870.

Les prussiens de Bismarck ne sont pas loin. Mais c'est sans compter sur les Vernonnais! Ils ne sont pas d'accord et les voici bientôt qui se portent en foule sur le pont pour empêcher toute explosion. Quant au maire, M. Morin, il abonde dans le sens de ses administrés et proteste véhément.

 

Comment, s'écrie t il? Un ouvrage qui nous a couté une fortune! Il est tout neuf, il nous est indispensable et on nous demande de le faire saute! Il n'en est pas question! Je m'en vais sur le champ écrire au ministre de la Guerre pour lui signifier notre refus!

 

En retour, le courrier du ministère fut bien évasif: « Paris le 19 décembre 1870, 10h20 du matin. Le ministre de la Guerre au maire de Vernon: «  A l'égard de la destruction de votre pont, agissez suivant les circonstances et votre appréciation ou consultez le commandant militaire local.... »

 

Une réponse peu satisfaisante. Aussi M. Morin questionna-t-il le général commandant la 2ème division militaire de Rouen.

 

« Nous avons donné des ordres, répondit ce dernier, pour la destruction du pont de Vernon au capitaine Peltier mais c'est avec grand plaisir que nous recevrons la députation municipale chargée de présenter la protestation des habitants de la ville. » Naturellement une démarche sera faite, mais en vain.

Et le capitaine Peltier ordonna le placement dans la première pile (côté Vernonnet) de quatre fourneaux de mines chargés de 300 kg de poudre!

 

La journée du 14 octobre arriva et avec elle les prussiens qui se profilaient à l'horizon. A huit heures du soir Peltier mit le feu au poudres. Des fagots avaient été judicieusement disposer pour éviter, autant que possible la projection des matériaux. Feu! Les arches se détachent l'une après l'autre, les débris sombrent dans l'eau noire, les piliers vacillent légèrement mais reprennent bien vite leur assiette, ils sont sauvés, du travail de spécialistes.

 

Au terme de l'occupation, le 24 avril 1871, le service des ponts et chaussés fit établir une passerelle provisoire, en charpente de bois, sur les piles restées valides et l'on attaqua rapidement la reconstruction. Pour l'accomplir on utilisa au maximum les matériaux engloutis lors de l'explosion de 70 après les avoir récupérés avec une puissante drague.

 

Il faudra attendre la sinistre année 1940 pour assister à la nouvelle destruction.

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